Cours
Comprendre, interpréter, apprécier
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Cours — Comprendre, interpréter, apprécier

Identifier la visée d’un texte
Tout texte est écrit dans un but : c’est sa visée. Un même texte peut en combiner plusieurs — un roman sur la Seconde Guerre mondiale raconte, mais il peut aussi témoigner et dénoncer. En 3ᵉ, on attend de toi que tu saches nommer la visée dominante et la justifier.
| Visée | Le texte cherche à… | Indices à repérer |
|---|---|---|
| Narrative | raconter une histoire | personnages, actions, temps du récit |
| Argumentative | convaincre, persuader, dénoncer | thèse, arguments, connecteurs logiques, vocabulaire évaluatif |
| Explicative | faire comprendre, informer | présent de vérité générale, définitions, exemples neutres |
| Lyrique | exprimer des émotions | première personne, vocabulaire des sentiments, images |
| Satirique | faire rire pour critiquer | exagération, ironie, caricature |
Pour trouver la visée, demande-toi : « Que veut faire l’auteur à son lecteur ? » — le faire rêver, l’informer, le convaincre, l’émouvoir, le faire rire ou l’indigner.
Justifier son interprétation : la méthode
Au brevet, une réponse d’interprétation ne vaut rien sans preuve textuelle. La méthode en trois temps s’applique à toutes les questions du type « Quelle image le narrateur donne-t-il de… ? Justifiez. »
- 1. J’affirme : je formule mon idée avec mes propres mots. « Le narrateur présente son enfance comme un paradis perdu. »
- 2. Je cite : je recopie entre guillemets un passage précis et court du texte, avec la ligne. « comme le montre l’expression “jardin enchanté” (l. 12) ».
- 3. J’analyse : je nomme le procédé (métaphore, champ lexical, comparaison, hyperbole…) et j’explique l’effet produit sur le lecteur.
Les appuis possibles sont variés : choix des mots (connotations), champs lexicaux, figures de style, temps verbaux, ponctuation expressive, point de vue du narrateur, rythme des phrases.
Une bonne justification = affirmation + citation précise + procédé nommé + effet expliqué. Une citation sans analyse ne rapporte presque aucun point.
Lire entre les lignes : l’implicite et l’ironie
Un texte ne dit pas tout : le lecteur doit reconstruire l’implicite à partir d’indices. C’est ce qu’on appelle faire une inférence.
- « Il reposa le combiné et fixa longtemps le mur, les mains tremblantes. » → le texte ne dit pas que le personnage a reçu une terrible nouvelle, mais le lecteur le comprend.
- L’ironie consiste à dire le contraire de ce que l’on pense pour se moquer : c’est une antiphrase. Voltaire écrit que la guerre est une « boucherie héroïque » : l’adjectif élogieux accolé à un mot d’horreur dénonce la guerre.
- Le point de vue (ou focalisation) oriente ce que sait le lecteur : interne (à travers un personnage), externe (témoin extérieur), omniscient (narrateur qui sait tout).
En 3ᵉ, l’ironie est essentielle pour lire les textes qui dénoncent les travers de la société : sous l’éloge apparent, il faut entendre la critique.
Apprécier les effets de la langue littéraire
Les figures de style créent des images, des émotions, des insistances. Il faut savoir les identifier et commenter leur effet.
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Comparaison | rapprochement avec un outil (comme, tel…) | « La Terre est bleue comme une orange » (Éluard) |
| Métaphore | rapprochement sans outil de comparaison | « Cette faucille d’or dans le champ des étoiles » (Hugo) |
| Personnification | un objet ou une idée devient humain | « Le vent se plaignait dans les arbres » |
| Hyperbole | exagération | « Je meurs de faim » |
| Antithèse | opposition de deux idées | « Paris est tout petit / c’est là sa vraie grandeur » (Prévert) |
| Anaphore | répétition en début de phrase ou de vers | « J’écris ton nom » répété dans Liberté (Éluard) |
| Antiphrase | dire le contraire de ce qu’on pense (ironie) | « Quel courage ! » à quelqu’un qui s’enfuit |
| Gradation | énumération d’intensité croissante | « Va, cours, vole et nous venge » (Corneille) |
Apprécier un texte, c’est aussi être sensible au rythme (phrases courtes qui accélèrent, longues qui ralentissent) et aux sonorités (allitérations, assonances) : « Les sanglots longs / Des violons » (Verlaine) fait entendre la plainte par la nasale on.
Nommer une figure ne suffit pas : il faut toujours dire quel effet elle produit (émouvoir, insister, dénoncer, faire voir…).
Mémo — Comprendre, interpréter, apprécier

- Visée : ce que le texte veut faire au lecteur (raconter, convaincre, émouvoir, informer, faire rire pour critiquer).
- Justifier = affirmation + citation entre guillemets (avec la ligne) + procédé nommé + effet expliqué.
- Implicite : ce que le texte suggère sans le dire ; le lecteur le reconstruit par inférence.
- Ironie / antiphrase : dire le contraire de ce qu’on pense pour se moquer ou dénoncer.
- Point de vue : interne (à travers un personnage), externe, omniscient.
- Figures clés : comparaison, métaphore, personnification, hyperbole, antithèse, anaphore, gradation.
- Champ lexical : ensemble de mots renvoyant à un même thème ; il révèle l’atmosphère du texte.
- Piège classique : citer sans analyser, ou nommer une figure sans expliquer son effet.
Exercices — Comprendre, interpréter, apprécier
Exercice 1
Indique la visée dominante de chacun de ces débuts de textes :
- « Le tri des déchets repose sur trois principes simples que nous allons détailler. »
- « Il faut interdire les téléphones au collège : d’abord parce qu’ils nuisent à la concentration… »
- « Ce matin-là, Lucie poussa la grille du jardin sans se douter de rien. »
- « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! » (Lamartine)
Correction
1) Visée explicative (informer, présent, annonce d’un plan). 2) Visée argumentative (thèse « il faut interdire » + connecteur « d’abord »). 3) Visée narrative (personnage, action, temps du récit). 4) Visée lyrique (expression des émotions, apostrophe au temps, ponctuation expressive).
Exercice 2
Identifie la figure de style et explique son effet :
- « Je me suis répété ton nom des millions de fois. »
- « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille)
- « La rue assourdissante autour de moi hurlait » (Baudelaire)
Correction
1) Hyperbole : l’exagération « des millions de fois » traduit l’intensité du sentiment. 2) Antithèse (et même oxymore) : « obscure » s’oppose à « clarté » pour rendre la lumière étrange de la nuit. 3) Personnification : la rue « hurle » comme un être vivant, ce qui rend la ville agressive et oppressante.
Exercice 3 — Type brevet
Un narrateur adulte écrit : « Notre cour d’école n’était qu’un carré de bitume gris, et pourtant je la revois comme un royaume immense où chaque récréation durait un siècle. »
- Quelle opposition structure cette phrase ?
- Quelle image le narrateur donne-t-il de son enfance ? Justifie ta réponse en citant le texte et en nommant deux procédés.
Correction
1) La phrase oppose la réalité banale (« un carré de bitume gris ») au souvenir embelli (« un royaume immense ») : c’est une antithèse articulée par « et pourtant ». 2) Le narrateur donne de son enfance une image merveilleuse, transfigurée par la mémoire : la métaphore « un royaume immense » transforme la cour en espace de conte, et l’hyperbole « chaque récréation durait un siècle » traduit le bonheur dilaté du souvenir. Le regard de l’adulte embellit ce que l’enfant a vécu.
Exercice 4
« Encore une magnifique réussite de notre équipe, qui a perdu 5 à 0 sans tirer une seule fois au but. » Montre que cette phrase est ironique et explique ce que l’auteur pense réellement.
Correction
L’adjectif élogieux « magnifique réussite » est contredit par les faits catastrophiques (« perdu 5 à 0 », « sans tirer une seule fois »). C’est une antiphrase : l’auteur dit le contraire de ce qu’il pense pour se moquer. Il juge en réalité que l’équipe a été très mauvaise, et l’ironie rend la critique plus mordante qu’un simple reproche.
Évaluation — Comprendre, interpréter, apprécier
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Lire à voix haute, seul ou à plusieurs

Préparer sa lecture
Une lecture à voix haute réussie se prépare crayon en main. Avant de lire devant la classe, il faut avoir compris le texte : impossible de transmettre une émotion qu’on n’a pas identifiée.
- Comprendre : qui parle ? à qui ? avec quelle intention (raconter, supplier, accuser, se moquer…) ?
- Découper : marquer les groupes de souffle par des barres obliques (/ pause courte, // pause longue), en s’appuyant sur la ponctuation.
- Repérer : souligner les mots à mettre en valeur, vérifier la prononciation des mots difficiles ou des noms propres.
- Marquer les liaisons : « les‿enfants », « un grand‿homme » — et, en poésie, décider du sort des e muets.
La ponctuation est une partition : le point impose une pause et une descente de la voix, la virgule une respiration, le point d’interrogation une montée.
Les outils de la voix
La voix se travaille comme un instrument. Cinq paramètres sont à doser selon le texte et l’intention :
| Paramètre | Définition | Effet possible |
|---|---|---|
| Volume | force de la voix | chuchoter crée l’intimité ou la tension ; hausser la voix marque la colère |
| Débit | vitesse de parole | accélérer traduit l’urgence ; ralentir souligne la gravité |
| Intonation | mélodie de la phrase | montée pour la question, descente pour l’affirmation, variations pour l’émotion |
| Articulation | netteté des sons | indispensable pour être compris jusqu’au fond de la salle |
| Pauses | silences choisis | un silence avant un mot le met en valeur ; il crée l’attente |
Avant de lire, on pose sa respiration : inspirer par le ventre, garder le dos droit, ne pas commencer en apnée. Les virelangues (« Les chaussettes de l’archiduchesse… ») échauffent l’articulation.
Le regard, le corps, la lecture à plusieurs
- Le regard : lever les yeux vers l’auditoire aux moments clés (début, fin, mots importants). Astuce : repérer la fin de la phrase du regard avant de la dire.
- La posture : stable, ancrée, face au public ; la feuille tenue assez haut pour ne pas baisser la tête.
- La gestuelle : sobre mais expressive ; un geste peut souligner une adresse, une opposition, une émotion.
- À plusieurs : se répartir les voix (narrateur, personnages), soigner les enchaînements sans blanc, harmoniser volume et rythme. Dans un dialogue de théâtre, écouter réellement son partenaire.
Lire à voix haute, c’est interpréter : deux lecteurs peuvent proposer deux lectures différentes et également défendables du même texte.
Réciter, comparer des lectures et des mises en scène
En 3ᵉ, tu dois pouvoir réciter de manière expressive un texte d’une vingtaine de lignes ou de vers. Pour mémoriser : apprendre par blocs de sens, se réciter à voix haute, s’enregistrer, associer chaque strophe à une image mentale.
On apprend aussi à comparer plusieurs lectures ou mises en scène d’un même texte (deux comédiens disant le même monologue, deux mises en voix d’un poème). Les critères de comparaison :
- l’intention choisie : la même réplique peut être dite avec colère, ironie ou tristesse ;
- les moyens : débit, pauses, volume, musique, décor, jeu des comédiens ;
- la fidélité au texte et l’effet produit sur le spectateur.
Formuler un jugement, ce n’est pas dire « j’aime / j’aime pas » : c’est expliquer en quoi une interprétation éclaire (ou trahit) le texte.
Mémo — Lire à voix haute, seul ou à plusieurs

- Préparer : comprendre l’intention du texte, marquer les pauses (/ et //), souligner les mots clés, vérifier les prononciations.
- Ponctuation = partition : point → pause + voix qui descend ; question → voix qui monte.
- Cinq outils de la voix : volume, débit, intonation, articulation, pauses.
- Respiration ventrale, posture stable, regard levé vers l’auditoire aux moments clés.
- Liaisons à marquer (« les‿enfants ») ; en poésie, gérer les e muets et le rythme du vers.
- À plusieurs : répartition des voix, enchaînements sans blanc, écoute du partenaire.
- Réciter : environ vingt lignes ou vers, appris par blocs de sens, avec une intention expressive.
- Comparer des lectures : juger l’intention, les moyens employés et l’effet produit, pas seulement « j’aime / j’aime pas ».
Exercices — Lire à voix haute, seul ou à plusieurs
Exercice 1
Recopie cette phrase de Victor Hugo et marque les pauses (/ pour courte, // pour longue) puis souligne les deux mots que tu mettrais en valeur : « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. »
Correction
Proposition : « Demain, / dès l’aube, / à l’heure où blanchit la campagne, // je partirai. » Les virgules imposent des pauses courtes ; la pause longue avant « je partirai » met en valeur la décision du poète. Mots à souligner : « Demain » (l’attente) et « partirai » (la résolution). Toute proposition cohérente avec la ponctuation est acceptable si elle est justifiée.
Exercice 2
La réplique « C’est toi qui as fait ça ? » peut exprimer : a) la colère, b) l’admiration, c) l’incrédulité. Décris pour chaque intention le volume, le débit et l’intonation que tu choisirais.
Correction
a) Colère : volume fort, débit rapide et sec, intonation montante et agressive, accent sur « toi ». b) Admiration : volume moyen, débit ralenti, intonation émerveillée, accent sur « ça ». c) Incrédulité : volume plus faible, débit hésitant avec une pause après « C’est toi », forte montée finale. Le même texte change de sens selon la mise en voix.
Exercice 3 — Type brevet
Prépare la lecture expressive d’un extrait d’une vingtaine de lignes d’une œuvre étudiée en classe (par exemple un passage du Journal d’Anne Frank). Établis d’abord ta « partition » (pauses, mots soulignés, intentions), puis entraîne-toi et enregistre-toi.
Correction
Critères de réussite : 1) le texte est compris et l’intention choisie est cohérente (ici : la confidence, l’inquiétude, l’espoir) ; 2) toutes les liaisons et prononciations sont correctes ; 3) le débit varie et les pauses suivent la partition préparée ; 4) le volume est suffisant et l’articulation nette ; 5) le regard se lève au moins au début et à la fin ; 6) l’émotion est perceptible sans excès théâtral.
Exercice 4
Écoute deux enregistrements différents d’un même poème (par exemple Liberté d’Éluard dit par deux comédiens). Compare-les en trois phrases en utilisant les mots : intention, débit, effet.
Correction
Exemple de réponse attendue : « Le premier comédien choisit une intention solennelle : son débit lent et ses longues pauses donnent au poème la gravité d’une prière. Le second adopte un débit croissant qui transforme l’anaphore en montée révolutionnaire. L’effet est différent : recueillement d’un côté, appel à la révolte de l’autre — les deux lectures sont fidèles au texte mais l’éclairent différemment. »
Évaluation — Lire à voix haute, seul ou à plusieurs
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Appréhender une œuvre dans son contexte

Pourquoi le contexte éclaire l’œuvre
Une œuvre naît toujours dans un contexte : une époque, des événements, une société, des débats. Le connaître transforme la lecture. Les œuvres en lien avec la Seconde Guerre mondiale, au cœur du programme de 3ᵉ, en sont le meilleur exemple.
| Œuvre | Contexte de création | Regard porté |
|---|---|---|
| Journal d’Anne Frank (1942-1944) | écrit dans la clandestinité, à Amsterdam occupée | témoignage intime d’une adolescente juive persécutée |
| Liberté d’Éluard (1942) | France occupée ; le poème est parachuté par les avions alliés | poésie engagée, acte de résistance |
| Le Silence de la mer de Vercors (1942) | publié clandestinement sous l’Occupation | résistance silencieuse face à l’occupant |
| Si c’est un homme de Primo Levi (1947) | écrit au retour d’Auschwitz | témoigner de la déshumanisation pour que nul n’oublie |
| Maus d’Art Spiegelman (1980-1991) | bande dessinée, un fils recueille le récit de son père rescapé | transmettre la Shoah à la génération suivante |
Situer une œuvre, c’est répondre à trois questions : quand a-t-elle été créée ? dans quelles circonstances ? pour répondre à quoi ?
Thèmes et motifs : les échos entre les œuvres
Un thème est un grand sujet traité par l’œuvre (la guerre, l’enfance, la liberté). Un motif est un élément concret qui revient — une image, un objet, une situation — et qui circule d’une œuvre à l’autre.
- Le motif du journal caché : Anne Frank écrit à « Kitty » ; bien des récits d’enfance reprennent ce geste de confier l’intime au papier.
- Le motif de l’étoile jaune ou du camp traverse témoignages, romans, films et bandes dessinées sur la Shoah.
- Le motif du paradis perdu de l’enfance relie Rousseau, La Promesse de l’aube de Romain Gary ou Enfance de Nathalie Sarraute.
Comparer les échos d’une œuvre à l’autre permet de voir comment chaque auteur reprend et transforme un héritage : c’est l’intertextualité.
Une œuvre est une représentation subjective
Même quand elle s’appuie sur des faits réels, une œuvre n’est pas un documentaire : elle propose une représentation subjective, c’est-à-dire filtrée par un regard, des choix, une sensibilité.
- Dans Maus, Spiegelman dessine les Juifs en souris et les nazis en chats : ce choix graphique est une interprétation, pas une photographie du réel.
- Dans une autobiographie, l’adulte qui écrit sélectionne, ordonne et embellit ses souvenirs : le « je » du narrateur n’est plus l’enfant qu’il raconte.
- Un roman des XXᵉ-XXIᵉ siècles porteur d’un regard sur la société (par exemple La Place d’Annie Ernaux) choisit un angle, un ton, un style qui orientent le sens.
Lire une œuvre, c’est identifier le regard qu’elle porte sur le monde, pas seulement les faits qu’elle rapporte.
Formuler un jugement argumenté sur une œuvre
Donner son avis sur une œuvre est un exercice attendu en 3ᵉ (à l’écrit comme à l’oral du brevet). Un jugement argumenté suit trois règles :
- Prendre position clairement : « Ce récit m’a bouleversé », « Cette mise en scène affaiblit le texte »…
- Justifier par des éléments précis : un passage, un personnage, un choix d’écriture, un effet ressenti.
- Tenir compte du contexte historique : on ne juge pas un texte de 1942 avec les seuls yeux de 2026. Comprendre ce que l’œuvre osait dire à son époque évite les contresens (c’est l’anachronisme qu’il faut fuir).
Exemple : trouver le Journal d’Anne Frank « banal » parce qu’il parle de disputes familiales, c’est oublier qu’il a été écrit sous la menace permanente de la déportation — le contexte donne aux pages les plus quotidiennes leur force tragique.
Mémo — Appréhender une œuvre dans son contexte

- Contexte = époque + circonstances de création + question à laquelle l’œuvre répond.
- Œuvres et Seconde Guerre mondiale : Anne Frank (journal), Éluard (Liberté, 1942), Vercors (Le Silence de la mer), Primo Levi (Si c’est un homme), Spiegelman (Maus).
- Thème : grand sujet (guerre, enfance, liberté) ; motif : élément concret qui revient (journal caché, étoile jaune).
- Intertextualité : échos et reprises d’une œuvre à l’autre.
- Toute œuvre est une représentation subjective : un regard, des choix, pas une copie du réel.
- Dans l’autobiographie, le « je » adulte reconstruit les souvenirs de l’enfant.
- Jugement argumenté = position claire + justifications précises + prise en compte du contexte.
- Piège classique : l’anachronisme — juger une œuvre ancienne avec les seuls critères d’aujourd’hui.
Exercices — Appréhender une œuvre dans son contexte
Exercice 1
Associe chaque œuvre à son contexte de création : 1) Liberté d’Éluard ; 2) Si c’est un homme de Primo Levi ; 3) Maus de Spiegelman. Contextes : a) écrit au retour des camps ; b) publié pendant l’Occupation et parachuté par les Alliés ; c) bande dessinée composée dans les années 1980 à partir du récit d’un père rescapé.
Correction
1 → b : Liberté (1942) est un poème de résistance diffusé clandestinement puis parachuté. 2 → a : Primo Levi témoigne d’Auschwitz dès 1947. 3 → c : Maus interroge la transmission de la mémoire à la génération d’après. Trois dates, trois distances au même événement : le vivre, en revenir, en hériter.
Exercice 2
Explique la différence entre thème et motif, puis donne un thème et un motif communs au Journal d’Anne Frank et à Maus.
Correction
Le thème est un grand sujet abstrait ; le motif est un élément concret récurrent. Thème commun : la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale (ou : la survie, la peur). Motif commun possible : la cachette (l’Annexe d’Amsterdam chez Anne Frank, les bunkers et greniers dans Maus), ou encore l’étoile jaune.
Exercice 3 — Type brevet
« Dans Maus, Art Spiegelman représente les Juifs en souris et les nazis en chats. » En un paragraphe argumenté (5 à 8 lignes), explique en quoi ce choix montre qu’une œuvre est une représentation subjective, et quel effet il produit sur le lecteur.
Correction
Éléments attendus : ce choix n’est pas une copie du réel mais une interprétation graphique : l’auteur reprend la propagande nazie (qui traitait les Juifs de « vermine ») pour la retourner et montrer la logique du prédateur et de la proie. L’animalisation crée une distance qui rend le récit de l’horreur supportable, tout en soulignant la déshumanisation des victimes. On valorise : position claire, vocabulaire précis (subjectif, point de vue, symbole), un effet sur le lecteur explicité.
Exercice 4
Un camarade déclare : « Le Silence de la mer est raté : il ne se passe presque rien, les personnages ne font que se taire. » Réponds-lui en deux ou trois phrases en t’appuyant sur le contexte de 1942.
Correction
Exemple de réponse : « C’est justement le silence qui fait la force du récit : en 1942, sous l’Occupation, se taire devant l’officier allemand est la seule résistance possible pour l’oncle et sa nièce. Publié clandestinement, le livre montrait aux Français qu’on pouvait refuser sans armes. Juger le récit “vide” sans son contexte, c’est passer à côté de son sens. »
Évaluation — Appréhender une œuvre dans son contexte
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Connaissances littéraires et culturelles

Périodes et courants littéraires : les repères de fin de collège
En fin de 3ᵉ, tu dois savoir situer les grandes périodes et quelques courants littéraires, et t’en servir pour interpréter les textes.
| Courant | Époque | Idées clés | Auteurs repères |
|---|---|---|---|
| Humanisme | XVIᵉ | confiance en l’être humain, savoir, éducation | Rabelais, Montaigne |
| Classicisme | XVIIᵉ | ordre, raison, plaire et instruire | Molière, La Fontaine |
| Lumières | XVIIIᵉ | raison, tolérance, critique des injustices | Voltaire, Diderot, Rousseau |
| Romantisme | XIXᵉ | expression du moi, sentiments, nature, engagement | Hugo, Lamartine |
| Réalisme / naturalisme | XIXᵉ | peindre la société telle qu’elle est | Maupassant, Zola |
| Surréalisme | XXᵉ | rêve, inconscient, images insolites | Breton, Éluard, Desnos |
| Littérature engagée | XXᵉ | l’écrivain agit dans la cité, résiste, dénonce | Éluard, Camus, Césaire |
Un courant n’est pas une étiquette à réciter : c’est une clé d’interprétation. Savoir qu’Éluard est surréaliste éclaire ses images étonnantes ; savoir qu’il est résistant éclaire Liberté.
Des caractéristiques d’écriture au service du sens
Chaque genre et chaque forme portent des caractéristiques d’écriture qu’il faut savoir repérer :
- En poésie : l’alexandrin (12 syllabes) donne ampleur et solennité ; le vers libre, sans rime ni mètre régulier, libère l’image (Apollinaire supprime même la ponctuation dans Alcools) ; le sonnet (deux quatrains, deux tercets) concentre la pensée.
- Dans le récit : le passé simple porte les actions, l’imparfait le décor ; le présent de narration rend la scène vivante ; les retours en arrière construisent la mémoire.
- Au théâtre : tirades, apartés et didascalies organisent la parole ; le monologue expose un dilemme.
- Dans l’argumentation : l’essai s’adresse directement au lecteur, la fable et le conte philosophique critiquent par le détour de la fiction.
La question à toujours se poser : pourquoi cette forme pour ce propos ? Une anaphore dans un poème de résistance martèle l’espoir ; un vers libre dans un poème d’amour épouse le mouvement du sentiment.
Mémoriser un passage d’une vingtaine de lignes ou de vers
Apprendre par cœur reste un attendu de fin de cycle 4 — et un atout pour l’oral du brevet. Méthode efficace :
- Comprendre d’abord : impossible de retenir durablement ce qu’on ne comprend pas.
- Découper en blocs de sens (strophe, mouvement du texte) et apprendre bloc par bloc.
- Répéter à voix haute, en marchant ou en s’enregistrant : la mémoire est aussi auditive et corporelle.
- Espacer les répétitions : relire le soir, réciter le lendemain, puis trois jours plus tard.
- S’appuyer sur la structure : rimes, anaphores et refrains sont des béquilles de mémoire.
Réciter n’est pas débiter : la restitution doit être expressive, avec une intention (voir le chapitre « Dire, lire, jouer un texte »).
Situer les œuvres dans leur espace géographique et culturel
La littérature en français dépasse la France : c’est la francophonie. Situer une œuvre, c’est aussi la placer sur une carte et dans une culture.
- Aimé Césaire (Martinique) fonde avec Senghor (Sénégal) le mouvement de la négritude, qui affirme la fierté des cultures noires face au colonialisme.
- Persepolis de Marjane Satrapi raconte en bande dessinée une enfance dans l’Iran de la révolution islamique : le contexte géographique est indispensable au sens.
- Les contes, mythes et récits voyagent : le déluge apparaît dans l’épopée de Gilgamesh bien avant la Bible ; les fables de La Fontaine reprennent Ésope.
Au brevet et à l’oral, montrer que tu sais situer l’œuvre (époque, lieu, culture, courant) donne immédiatement de la hauteur à ton propos.
Mémo — Connaissances littéraires et culturelles

- Repères : humanisme (XVIᵉ), classicisme (XVIIᵉ), Lumières (XVIIIᵉ), romantisme et réalisme (XIXᵉ), surréalisme et littérature engagée (XXᵉ).
- Lumières : raison, tolérance, critique des injustices — Voltaire, Diderot, Rousseau.
- Surréalisme : rêve, inconscient, images insolites — Breton, Éluard, Desnos.
- Formes poétiques : alexandrin = 12 syllabes ; sonnet = 2 quatrains + 2 tercets ; vers libre = ni mètre ni rime réguliers.
- Toujours se demander : pourquoi cette forme pour ce propos ?
- Mémoriser : comprendre, découper en blocs de sens, répéter à voix haute, espacer les répétitions.
- Francophonie : la littérature en français est mondiale — Césaire et la négritude, Satrapi et l’Iran.
- Un courant est une clé d’interprétation, pas une étiquette à réciter.
Exercices — Connaissances littéraires et culturelles
Exercice 1
Associe chaque auteur à son courant : Voltaire, Éluard, Zola, Hugo, Montaigne. Courants : humanisme, Lumières, romantisme, naturalisme, surréalisme.
Correction
Voltaire → Lumières (XVIIIᵉ, critique des injustices). Éluard → surréalisme (XXᵉ, images insolites — avant de devenir poète de la Résistance). Zola → naturalisme (XIXᵉ, peinture de la société). Hugo → romantisme (XIXᵉ, expression du moi et engagement). Montaigne → humanisme (XVIᵉ, réflexion sur l’être humain).
Exercice 2
Compte les syllabes de ce vers de Hugo et nomme le type de vers : « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne ».
Correction
De-main-dès-l’au-be-à-l’heu-re-où-blan-chit-la-cam-pagne : en respectant les élisions et le e muet final non compté, on obtient 12 syllabes : c’est un alexandrin. Ce vers ample et régulier donne au pèlerinage du poète vers la tombe de sa fille une gravité solennelle.
Exercice 3 — Type brevet
« La terre est bleue comme une orange / Jamais une erreur les mots ne mentent pas » (Éluard). En t’appuyant sur ce que tu sais du surréalisme, explique en 5 lignes pourquoi cette image, apparemment absurde, a du sens.
Correction
Éléments attendus : le surréalisme cherche des images insolites qui échappent à la logique pour révéler une vérité poétique ; la comparaison rapproche deux rondeurs (la Terre, l’orange) et deux couleurs impossibles, créant un monde neuf où le langage recompose le réel ; le second vers revendique cette liberté (« les mots ne mentent pas »). On valorise la mobilisation du courant (rêve, inconscient, refus de la logique) pour interpréter, et non un simple « c’est bizarre ».
Exercice 4
Tu dois mémoriser les vingt premiers vers de Liberté d’Éluard pour lundi. Décris en quatre étapes la méthode que tu utiliserais.
Correction
Exemple de plan de travail : 1) Lire le poème en entier et reformuler son sens (l’anaphore « J’écris ton nom » et la révélation finale). 2) Découper en blocs de sens (les strophes) et apprendre deux ou trois strophes par jour à voix haute. 3) S’enregistrer, se réciter en marchant, s’appuyer sur la structure répétitive comme béquille de mémoire. 4) Espacer les répétitions (soir, lendemain, veille du passage) et répéter une dernière fois avec l’intention expressive choisie.
Évaluation — Connaissances littéraires et culturelles
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Culture littéraire et artistique

Les grands questionnements de l’année de 3ᵉ
L’année de 3ᵉ est placée sous une perspective d’ensemble : s’affirmer, s’émanciper — l’engagement humaniste. Toutes les lectures de l’année explorent la manière dont la littérature aide l’individu à se construire et à agir dans le monde, à travers cinq questionnements officiels :
| Questionnement | Genres privilégiés | Question centrale |
|---|---|---|
| Se raconter, se représenter | autobiographie, journal, autoportrait | pourquoi et comment écrire sur soi ? |
| Dénoncer les travers de la société | satire, conte philosophique, caricature, chanson | comment le rire et l’ironie critiquent-ils ? |
| Visions poétiques du monde | poésie lyrique, engagée, en vers ou en prose | comment le poème renouvelle-t-il notre regard ? |
| Agir dans la cité : individu et pouvoir | théâtre, récits, poésie de la Résistance | que peut l’individu face au pouvoir ? |
| Progrès et rêves scientifiques | science-fiction, essais, récits d’anticipation | le progrès est-il toujours un bienfait ? |
Ces questionnements se déclinent en parcours : le récit à l’épreuve du réel (montrer, témoigner, réparer), l’amour en poésie, la scène et la Cité au théâtre, et les écrivains et journalistes acteurs de leur temps.
Au brevet, relie toujours le texte étudié à son questionnement : il donne la clé de la visée (témoigner, dénoncer, émouvoir, alerter…).
Se raconter, se représenter
L’autobiographie est un récit rétrospectif qu’une personne réelle fait de sa propre vie : l’auteur, le narrateur et le personnage principal sont la même personne. L’auteur passe avec son lecteur un pacte autobiographique : il promet la sincérité — ce qui n’exclut ni les trous de mémoire ni la reconstruction.
- Rousseau, Les Confessions (1782) : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple » — dire toute la vérité sur soi.
- Nathalie Sarraute, Enfance : deux voix dialoguent pour interroger la fidélité des souvenirs.
- Romain Gary, La Promesse de l’aube : l’amour maternel raconté avec humour et émotion.
- Anne Frank, Journal : l’écriture de soi devient témoignage historique.
- Marjane Satrapi, Persepolis : l’autobiographie en bande dessinée.
Le « je » qui écrit n’est plus le « je » raconté : entre les deux, le temps a passé, et l’adulte interprète l’enfant qu’il fut. En peinture, l’autoportrait (Frida Kahlo, Van Gogh) pose les mêmes questions : se montrer, est-ce se dire vraiment ?
Dénoncer les travers de la société
La satire attaque en faisant rire ; ses armes sont l’ironie, la caricature, l’exagération et la parodie.
- Voltaire, Candide : le conte philosophique ridiculise la guerre, le fanatisme et l’optimisme béat.
- La Bruyère, Les Caractères : portraits mordants des courtisans hypocrites.
- Daumier, caricatures du XIXᵉ siècle : le dessin de presse comme arme politique.
- Chansons engagées : de « Le Déserteur » de Boris Vian aux textes de rap contemporains, la musique dénonce guerre, misère et discriminations.
La dénonciation passe souvent par le détour : plutôt que d’attaquer de front, l’auteur invente un regard étranger (les Persans de Montesquieu), un monde imaginaire ou un éloge ironique. Le lecteur doit décoder.
Visions poétiques du monde, l’amour en poésie
Le poème transforme notre regard sur le monde : il fait voir l’extraordinaire dans l’ordinaire.
- Baudelaire (« L’Invitation au voyage ») réinvente le monde en « luxe, calme et volupté ».
- Apollinaire, Alcools : la modernité poétique, sans ponctuation, où la ville devient lyrique.
- Ponge décrit un cageot ou un pain comme des merveilles : le regard poétique renouvelle les objets les plus banals.
- L’amour en poésie unit et désunit : Ronsard (« Mignonne, allons voir si la rose… »), Éluard, Aragon (« Les yeux d’Elsa ») disent la rencontre, l’absence, la perte.
Un poème ne « décrit » pas : il recompose le monde par les images, les sonorités et le rythme.
Agir dans la cité ; progrès et rêves scientifiques
Individu et pouvoir : la littérature met en scène des individus qui disent non. Antigone (Sophocle, puis Anouilh en 1944) refuse la loi injuste de Créon ; les poètes de la Résistance (Éluard, Aragon, Desnos) combattent par les mots ; Vercors invente la résistance du silence. Au théâtre, la scène devient tribune : représenter la société, c’est déjà la questionner.
Progrès et rêves scientifiques : la science fait rêver et trembler. Mary Shelley (Frankenstein, 1818) invente le savant dépassé par sa créature ; Jules Verne enchante la machine ; Barjavel (Ravage) et Orwell (1984) imaginent des futurs où le progrès se retourne contre l’homme — c’est la dystopie, ou contre-utopie.
- Utopie : société idéale imaginaire (Thomas More).
- Dystopie : société cauchemardesque qui alerte sur les dérives du présent (surveillance, uniformisation, manipulation).
- La science-fiction pose des questions morales : tout ce qui est possible est-il souhaitable ?
Mémo — Culture littéraire et artistique

- Cinq questionnements de 3ᵉ : se raconter, se représenter · dénoncer les travers de la société · visions poétiques du monde · agir dans la cité : individu et pouvoir · progrès et rêves scientifiques.
- Autobiographie : auteur = narrateur = personnage ; pacte de sincérité ; le « je » adulte reconstruit l’enfant (Rousseau, Sarraute, Gary, Anne Frank, Satrapi).
- Satire : dénoncer par le rire — ironie, caricature, exagération, détour (Voltaire, La Bruyère, Daumier, chanson engagée).
- Poésie : recomposer le monde par images, sonorités, rythme (Baudelaire, Apollinaire, Ponge) ; l’amour de Ronsard à Aragon.
- Individu et pouvoir : Antigone dit non à la loi injuste ; les poètes résistants combattent par les mots.
- Utopie = société idéale ; dystopie = futur cauchemardesque qui alerte sur le présent (Orwell, Barjavel).
- Frankenstein (Mary Shelley) : le savant dépassé par sa créature — le progrès en question.
- Au brevet : toujours relier le texte à son questionnement pour identifier sa visée.
Exercices — Culture littéraire et artistique
Exercice 1
Classe ces œuvres dans le bon questionnement : Les Confessions (Rousseau), 1984 (Orwell), Candide (Voltaire), Antigone (Anouilh), Alcools (Apollinaire).
Correction
Les Confessions → se raconter, se représenter (autobiographie fondatrice). 1984 → progrès et rêves scientifiques (dystopie de la surveillance). Candide → dénoncer les travers de la société (conte philosophique satirique). Antigone → agir dans la cité : individu et pouvoir (refus de la loi injuste). Alcools → visions poétiques du monde (modernité poétique).
Exercice 2
Définis le pacte autobiographique, puis explique pourquoi Nathalie Sarraute fait dialoguer deux voix dans Enfance.
Correction
Le pacte autobiographique est l’engagement de sincérité que l’auteur passe avec son lecteur : auteur, narrateur et personnage sont la même personne, et l’auteur promet de dire la vérité sur lui-même. Sarraute dédouble la voix narrative (l’écrivaine et sa « conscience » critique) précisément pour tenir ce pacte avec honnêteté : la seconde voix conteste les souvenirs trop beaux, souligne les reconstructions, et montre que se raconter est toujours une interprétation.
Exercice 3 — Type brevet
Sujet de réflexion : « La littérature peut-elle changer la société ? » Construis le plan détaillé d’un développement en deux parties, avec pour chaque partie un argument et un exemple tiré de tes lectures de l’année.
Correction
Plan possible — I. Oui, la littérature agit sur les consciences : argument : elle rend visibles les injustices et mobilise (exemples : Liberté d’Éluard parachuté en 1942 pour soutenir la Résistance ; Candide qui ridiculise la guerre et le fanatisme). II. Mais son action a des limites et passe par le lecteur : argument : un livre ne renverse pas un régime à lui seul, il change d’abord les regards (exemples : 1984 n’a pas empêché les dictatures mais a donné des mots — « Big Brother » — pour penser la surveillance ; le Journal d’Anne Frank agit après coup, comme mémoire). Critères de réussite : deux parties équilibrées, arguments distincts, exemples précis et exploités, connecteurs logiques.
Exercice 4
Qu’est-ce qu’une dystopie ? Donne deux exemples et explique en deux phrases pourquoi ce genre parle de notre présent plutôt que de l’avenir.
Correction
Une dystopie est le récit d’une société future cauchemardesque (contraire de l’utopie). Exemples : 1984 d’Orwell (surveillance totale, manipulation du langage), Ravage de Barjavel (effondrement d’une civilisation dépendante de la technique). Ce genre parle du présent car il grossit des dérives déjà observables (surveillance, dépendance technologique, uniformisation) pour alerter le lecteur d’aujourd’hui : l’avenir décrit est un miroir déformant de notre époque.
Évaluation — Culture littéraire et artistique
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Écrire pour réfléchir et apprendre

La prise de notes : écrire vite pour retenir mieux
Prendre des notes, ce n’est pas tout écrire : c’est sélectionner l’essentiel et le noter vite, dans toutes les disciplines. Trois règles d’or :
- Noter les mots pleins (noms, verbes, adjectifs porteurs de sens) et supprimer les mots outils quand ils ne sont pas indispensables.
- Utiliser des abréviations et des symboles stables : toujours les mêmes, pour se relire sans hésiter.
- Aérer et hiérarchiser : titres, tirets, flèches, numérotation — la mise en page fait partie de la note.
| Abréviation / symbole | Signification |
|---|---|
| bcp, tjs, qqn, qqch, pb | beaucoup, toujours, quelqu’un, quelque chose, problème |
| → | entraîne, a pour conséquence |
| ≠ / = | s’oppose à / équivaut à |
| + / − | avantage, augmentation / inconvénient, diminution |
| ex., déf., ccl | exemple, définition, conclusion |
Une note utile se relit et se retravaille dans les 24 heures : compléter, souligner, reformuler — c’est là que la mémoire se fixe.
Les écrits de travail : le brouillon est un outil, pas une corvée
Les écrits de travail sont tous les écrits intermédiaires qui aident à penser avant de rédiger : ils ne sont pas notés, mais ils font gagner des points.
- La liste d’idées : tout noter en vrac, puis trier et regrouper.
- La carte mentale : le sujet au centre, les idées en branches — idéale pour explorer un sujet de réflexion.
- Le tableau : deux colonnes « pour / contre » pour préparer une argumentation ou un débat.
- Le plan détaillé : parties, arguments, exemples — la charpente du devoir avant la rédaction.
- Le brouillon partiel : rédiger entièrement l’introduction et la conclusion, les passages les plus stratégiques.
Au brevet, garde un temps de brouillon pour la rédaction : 10 à 15 minutes de plan valent mieux qu’une page improvisée puis raturée.
Les écrits réflexifs : écrire pour comprendre ce que l’on pense
Un écrit réflexif est un texte où l’on revient sur ses lectures, son travail ou ses apprentissages pour les analyser. C’est une compétence de fin de cycle 4.
- Le journal de lecture : noter ses réactions au fil d’une œuvre (surprises, désaccords, hypothèses sur la suite, citations marquantes) — matière précieuse pour l’oral.
- Le bilan de séquence : « Qu’ai-je appris ? Qu’est-ce qui m’a posé problème ? Comment ai-je progressé ? »
- L’explicitation de démarche : raconter comment on a construit sa rédaction ou préparé son exposé — cela rend visibles les stratégies efficaces.
Écrire sur ce qu’on apprend double l’apprentissage : on retient mieux ce qu’on a reformulé avec ses propres mots.
Écrire pour mémoriser : les fiches de révision du brevet
La fiche de révision est un écrit de travail au service de la mémoire. Une bonne fiche :
- tient sur une page par chapitre ou par œuvre ;
- est écrite avec tes mots, jamais recopiée telle quelle ;
- privilégie schémas, tableaux, exemples plutôt que les paragraphes ;
- pour une œuvre : auteur, date, contexte, genre, questionnement, deux ou trois passages clés, procédés marquants ;
- se teste : cacher la fiche et restituer de mémoire, puis vérifier.
Réviser, c’est reformuler et se tester, pas relire passivement.
Mémo — Écrire pour réfléchir et apprendre

- Prise de notes : sélectionner l’essentiel, mots pleins, abréviations stables (bcp, tjs, →, ≠), mise en page aérée.
- Relire et retravailler ses notes dans les 24 heures pour fixer la mémoire.
- Écrits de travail : liste d’idées, carte mentale, tableau pour/contre, plan détaillé, brouillon partiel.
- Au brevet : 10 à 15 minutes de plan au brouillon avant de rédiger.
- Écrits réflexifs : journal de lecture, bilan de séquence, explicitation de sa démarche.
- Reformuler avec ses propres mots = mieux comprendre et mieux retenir.
- Fiche de révision : une page, ses mots, schémas et exemples, et surtout se tester en la cachant.
Exercices — Écrire pour réfléchir et apprendre
Exercice 1
Transforme cette phrase de cours en prise de notes efficace : « La poésie engagée se développe beaucoup pendant la Seconde Guerre mondiale parce que les poètes veulent résister à l’occupant et redonner de l’espoir aux Français. »
Correction
Exemple attendu : « Poésie engagée : dvpt bcp pdt 2GM → résister à l’occupant + redonner espoir aux Fr. » On vérifie : mots pleins conservés (poésie engagée, résister, espoir), abréviations stables, flèche pour la conséquence, aucune perte d’information essentielle.
Exercice 2
Tu prépares un débat sur le sujet : « Les réseaux sociaux sont-ils un progrès pour l’information ? » Construis le tableau pour/contre avec au moins trois arguments de chaque côté.
Correction
Pour : information instantanée et accessible à tous ; chacun peut témoigner (journalisme citoyen) ; diversité des sources et des points de vue. Contre : fausses informations qui circulent plus vite que les vraies ; bulles de filtres qui enferment dans ses opinions ; course au sensationnel au détriment de la vérification. Tout argument pertinent et distinct est accepté : l’essentiel est d’avoir des idées classées et non redondantes.
Exercice 3 — Type brevet
Avant de rédiger le sujet de réflexion « Écrire sur soi, est-ce utile ? », établis en 15 minutes un plan détaillé : deux parties, deux arguments par partie, un exemple par argument (tiré de tes lectures d’autobiographies).
Correction
Plan possible — I. Écrire sur soi est utile à celui qui écrit : 1) comprendre son passé et se construire (ex. : Sarraute interroge ses souvenirs dans Enfance) ; 2) garder trace et tenir bon dans l’épreuve (ex. : Anne Frank confie sa peur et ses espoirs à « Kitty »). II. Écrire sur soi est aussi utile aux lecteurs : 1) témoigner pour l’Histoire (ex. : le Journal d’Anne Frank, document sur la Shoah) ; 2) aider chacun à se reconnaître dans une expérience universelle (ex. : l’amour maternel dans La Promesse de l’aube). Critères : parties équilibrées, arguments distincts, exemples précis, plan rédigé en notes et non en phrases complètes.
Exercice 4
Rédige cinq lignes de journal de lecture après un chapitre marquant d’une œuvre que tu lis en ce moment : une réaction, une citation, une hypothèse sur la suite.
Correction
Critères de réussite : 1) une réaction personnelle formulée à la première personne (émotion, désaccord, surprise) ; 2) une citation exacte entre guillemets avec la page ; 3) une hypothèse argumentée sur la suite (« je pense que… parce que… ») ; 4) un écrit spontané mais lisible — le journal de lecture n’exige pas le style d’une rédaction, mais il doit être exploitable pour l’oral.
Évaluation — Écrire pour réfléchir et apprendre
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Écrire des textes d’invention et de réflexion

Le sujet d’imagination (type brevet)
Au brevet, le sujet d’imagination demande le plus souvent d’écrire la suite d’un texte, de raconter la même scène d’un autre point de vue, ou d’insérer un passage (description, dialogue, monologue). La règle d’or : la cohérence avec le texte de départ.
- Garder : le narrateur (« je » ou « il »), les temps du récit (passé simple / imparfait, ou présent), les noms et caractères des personnages, le lieu et l’époque, le ton (grave, ironique, poétique…).
- Reprendre des éléments précis du texte source (un objet, une phrase, un motif) : c’est le signe d’une lecture attentive, très valorisé.
- Construire : une situation qui évolue (pas une simple juxtaposition d’actions), un passage descriptif ou un dialogue si la consigne l’exige, une chute soignée.
- Longueur : viser environ deux pages (au moins 300 mots), sans se répéter.
Avant d’écrire, relève au brouillon : narrateur, temps, personnages, ton du texte source. Toute rupture non justifiée coûte des points.
Le sujet de réflexion (type brevet)
Le sujet de réflexion pose une question (« Selon vous, faut-il… ? », « Pensez-vous que… ? »). On attend un texte argumentatif structuré :
- Introduction : amener le sujet, le reformuler, annoncer les axes de réponse.
- Développement : deux ou trois paragraphes, chacun bâti sur un argument + un exemple développé (lectures, œuvres étudiées, actualité, expérience).
- Conclusion : bilan et réponse claire à la question, éventuellement ouverture.
| Pour… | Connecteurs |
|---|---|
| ajouter un argument | d’abord, ensuite, de plus, par ailleurs, enfin |
| illustrer | par exemple, ainsi, notamment, comme le montre… |
| opposer ou nuancer | mais, cependant, néanmoins, en revanche, certes… mais |
| exprimer la cause / la conséquence | car, en effet, parce que / donc, c’est pourquoi, ainsi |
| conclure | en conclusion, en définitive, finalement |
Les stratégies argumentatives variées sont valorisées : convaincre (arguments logiques), persuader (toucher les émotions), réfuter la thèse adverse (« certes…, mais… »), s’appuyer sur des autorités (un auteur, une œuvre).
Rédiger un court texte d’analyse littéraire
En 3ᵉ, on s’initie à l’analyse rédigée : un paragraphe qui interprète un texte en s’appuyant sur des faits de langue. Le schéma est stable :
- Idée : « Dans ce poème, Éluard fait de la liberté une présence intime. »
- Preuve : « L’anaphore “J’écris ton nom”, répétée à chaque strophe, s’adresse à la liberté comme à un être aimé. »
- Interprétation : « Le poème prend ainsi la forme d’une déclaration d’amour, ce qui rend l’engagement politique profondément personnel. »
Les faits de langue mobilisables : figures de style, temps verbaux, pronoms, ponctuation, types de phrases, lexique connoté, rythme. On les nomme avec précision et on les relie toujours à un effet de sens.
Écrire dans des genres variés ; la réécriture
Tu dois savoir écrire de façon autonome dans des genres différents, chacun avec ses codes :
- La lettre (ou lettre ouverte) : date, formule d’adresse, destinataire explicite, signature ; la lettre ouverte argumente publiquement.
- Le dialogue théâtral : nom du personnage devant chaque réplique, didascalies en italique, pas de narration.
- Le récit autobiographique : première personne, va-et-vient entre le passé raconté et le présent de l’écriture.
- Le poème : vers ou prose poétique, images, travail des sonorités.
L’épreuve de français du brevet comporte aussi une réécriture : transformer quelques lignes en changeant un élément (personne, temps, nombre). Exemple : réécrire au passé composé et à la troisième personne du pluriel « Je pris mon sac et je sortis » → « Ils ont pris leur sac et ils sont sortis ». Chaque transformation entraîne des accords en chaîne : c’est la vigilance orthographique qui est notée.
En réécriture, traque toutes les conséquences du changement : pronoms, déterminants, terminaisons verbales, accords des participes. Une transformation oubliée = des points perdus.
Mémo — Écrire des textes d’invention et de réflexion

- Imagination : cohérence avec le texte source — narrateur, temps, personnages, ton conservés ; reprendre des éléments précis du texte.
- Réflexion : introduction (amener, reformuler, annoncer) + 2-3 paragraphes « argument + exemple développé » + conclusion qui répond.
- Connecteurs : d’abord / de plus / enfin (ajout) ; certes… mais (concession) ; donc, c’est pourquoi (conséquence).
- Convaincre = raison ; persuader = émotions ; réfuter = discuter la thèse adverse.
- Analyse littéraire : idée → preuve (citation + fait de langue nommé) → interprétation (effet de sens).
- Genres : lettre (adresse, signature), théâtre (répliques + didascalies), autobiographie (« je » double), poème (images, sonorités).
- Réécriture brevet : changer personne / temps / nombre et suivre toutes les chaînes d’accords.
- Longueur attendue en rédaction : environ deux pages, structurées et relues.
Exercices — Écrire des textes d’invention et de réflexion
Exercice 1
Réécris ce passage en remplaçant « je » par « elle » et le présent par l’imparfait : « Je marche le long du quai et je regarde les péniches. Quand je suis fatiguée, je m’assois sur le banc vert. »
Correction
« Elle marchait le long du quai et elle regardait les péniches. Quand elle était fatiguée, elle s’asseyait sur le banc vert. » Points de vigilance : « je m’assois » → « elle s’asseyait » (pronom réfléchi « s’ » et imparfait de s’asseoir) ; « fatiguée » reste au féminin car le sujet est « elle ».
Exercice 2
Voici un argument : « Lire des romans développe l’empathie. » Rédige un paragraphe argumentatif complet : l’argument reformulé, un connecteur, puis un exemple littéraire développé en deux ou trois phrases.
Correction
Exemple de paragraphe : « Tout d’abord, la lecture de romans développe l’empathie, car elle nous fait vivre de l’intérieur des existences très éloignées de la nôtre. Ainsi, en lisant le Journal d’Anne Frank, le lecteur partage la peur, l’ennui et les espoirs d’une adolescente cachée pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette expérience par procuration nous rend plus sensibles, dans la vie réelle, au sort des personnes persécutées. » Critères : connecteur présent, exemple précis et exploité (pas seulement cité), lien final avec l’argument.
Exercice 3 — Type brevet
Sujet de réflexion : « Selon vous, l’écrivain doit-il s’engager dans les combats de son époque ? » Rédige l’introduction complète (amener le sujet, le reformuler, annoncer le plan) puis le plan détaillé du développement.
Correction
Introduction possible : « En 1942, le poème Liberté de Paul Éluard était parachuté au-dessus de la France occupée : la poésie devenait une arme. On peut dès lors se demander si l’écrivain doit mettre sa plume au service des combats de son époque. Nous verrons d’abord que la littérature engagée peut agir sur les consciences, puis que l’écrivain reste libre de servir son art autrement. » Plan : I. 1) rendre visibles les injustices (Voltaire, Candide) ; 2) soutenir et rassembler (poésie de la Résistance). II. 1) une œuvre non engagée peut aussi éclairer le monde (Ponge, la poésie du quotidien) ; 2) l’engagement forcé menace la liberté de créer. Critères : sujet amené par un exemple, question reformulée, plan annoncé, parties équilibrées.
Exercice 4
Rédige un paragraphe d’analyse (idée → preuve → interprétation) sur cette phrase de Primo Levi : « Considérez si c’est un homme / Celui qui travaille dans la boue / Qui ne connaît pas de paix ».
Correction
Exemple : « Dans ce poème liminaire, Primo Levi interpelle directement son lecteur pour l’obliger à regarder la réalité des camps (idée). L’impératif “Considérez”, adressé à la deuxième personne du pluriel, et la question implicite “si c’est un homme” placent le lecteur en position de juge (preuve : fait de langue nommé). Ainsi, le poète ne raconte pas seulement : il met chacun face à sa responsabilité de mémoire, faisant du témoignage un devoir partagé (interprétation). » Critères : citation exacte, procédé grammatical identifié, effet de sens explicité.
Évaluation — Écrire des textes d’invention et de réflexion
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Évaluer et faire évoluer son écrit

La relecture ciblée : une passe par objectif
Relire « en général » ne sert presque à rien : on ne voit pas ses propres erreurs. La méthode efficace est la relecture ciblée : plusieurs passes rapides, chacune avec un seul objectif.
| Passe | Je vérifie… | Comment |
|---|---|---|
| 1. Consigne | ai-je répondu au sujet, avec la bonne longueur et le bon genre ? | relire le sujet, cocher chaque exigence |
| 2. Cohérence | temps verbaux constants, personnages stables, enchaînements logiques | lire paragraphe par paragraphe |
| 3. Accords | sujet-verbe, dans le groupe nominal, participes passés | relier d’une flèche chaque verbe à son sujet |
| 4. Homophones | a/à, et/est, ses/ces, on/ont, la/là, quel(s) que/quelque… | tester la substitution (a → avait…) |
| 5. Ponctuation et majuscules | phrases complètes, dialogues bien ponctués | lire à voix basse en respirant aux points |
Cinq relectures d’une minute avec un objectif chacune valent mieux qu’une relecture globale de cinq minutes.
Éviter les répétitions : les reprises anaphoriques
Pour désigner plusieurs fois le même être ou la même chose sans répéter le même mot, on utilise des reprises anaphoriques. Elles assurent la cohérence du texte et enrichissent le style.
| Type de reprise | Exemple (pour « la chienne Naya ») | Effet |
|---|---|---|
| Pronominale | elle, celle-ci, la | rapide, discrète |
| Nominale fidèle | la chienne | neutre, claire |
| Nominale variée (synonyme) | l’animal, la bête | évite la répétition |
| Hyperonyme (mot plus général) | le mammifère, la créature | élargit ou met à distance |
| Périphrase | la gardienne de la maison, l’infatigable compagne | ajoute un jugement, une émotion |
Attention à l’ambiguïté : dans « Marie a téléphoné à Léa quand elle est rentrée », qui est rentrée ? Il faut alors préférer une reprise nominale : « quand la jeune fille est rentrée » reste ambigu, « quand Marie est rentrée » tranche.
Les reprises orientent aussi le sens : passer de « l’homme » à « le suspect » puis à « le coupable » raconte, à soi seul, une enquête.
Enrichir son écrit grâce à ses lectures
Un écrit s’améliore aussi en mobilisant l’intertextualité, c’est-à-dire le dialogue avec les textes qu’on a lus :
- Réinvestir un motif : ouvrir un récit d’enfance sur une odeur ou un objet retrouvé, comme le font tant d’autobiographes.
- Imiter une structure : une anaphore à la manière d’Éluard, une accumulation à la manière de Prévert.
- Citer ou faire allusion : glisser une référence (« tel Candide découvrant la guerre… ») dans un sujet de réflexion.
- Emprunter du vocabulaire noté dans son journal de lecture : chaque œuvre lue est une réserve de mots et d’images.
Enrichir ≠ compliquer : un mot précis vaut mieux que trois mots vagues. « Il bredouilla » dit plus que « il parla d’une façon pas très claire ».
La dictée préparée et la vigilance orthographique
La dictée du brevet (une vingtaine de lignes) se prépare comme un entraînement sportif :
- Avant : repérer dans le texte d’entraînement les difficultés types — accords sujet-verbe éloignés, participes passés, homophones, mots invariables.
- Pendant : écouter la phrase entière avant d’écrire ; identifier le verbe et son sujet ; noter les terminaisons douteuses pour y revenir.
- Après : utiliser les cinq minutes de relecture avec la méthode des passes ciblées (accords, puis homophones, puis majuscules).
Évaluer son écrit, c’est enfin vérifier le respect de la consigne : genre demandé, longueur, registre de langue, présence des éléments imposés (un dialogue, une description…). Se relire avec la grille du professeur — ou celle qu’on s’est construite — transforme chaque devoir en progrès pour le suivant.
Mémo — Évaluer et faire évoluer son écrit

- Relecture ciblée : 5 passes — consigne, cohérence, accords, homophones, ponctuation.
- Relier d’une flèche chaque verbe à son sujet : l’arme anti-fautes d’accord.
- Reprises anaphoriques : pronom, nom fidèle, synonyme, hyperonyme, périphrase — pour éviter répétitions et ambiguïtés.
- Une reprise peut orienter le sens : « l’homme » → « le suspect » → « le coupable ».
- Intertextualité : réinvestir motifs, structures et références de ses lectures dans ses propres écrits.
- Enrichir = préciser, pas compliquer : un verbe juste vaut mieux qu’une périphrase vague.
- Dictée : identifier verbe et sujet pendant l’écriture, garder 5 minutes de relecture par cibles.
- Toujours vérifier le respect de la consigne : genre, longueur, registre, éléments imposés.
Exercices — Évaluer et faire évoluer son écrit
Exercice 1
Corrige les quatre erreurs de ce passage : « Les élèves de la classe, accompagné de leur professeur, on visité le mémorial. Ils sont revenu très ému de cette journée. »
Correction
« Les élèves de la classe, accompagnés de leur professeur, ont visité le mémorial. Ils sont revenus très émus de cette journée. » Détail : « accompagnés » s’accorde avec « les élèves » ; « on » était l’homophone du verbe « ont » ; « revenus » (auxiliaire être, sujet « ils ») ; « émus » est un adjectif attribut qui s’accorde avec « ils ».
Exercice 2
Réécris ce paragraphe en supprimant les répétitions grâce à trois reprises anaphoriques différentes : « Le vieux pêcheur sortit sa barque. Le vieux pêcheur connaissait la mer depuis l’enfance. Le vieux pêcheur ne craignait pas l’orage. »
Correction
Exemple : « Le vieux pêcheur sortit sa barque. Il connaissait la mer depuis l’enfance. Le vieil homme (ou : ce loup de mer) ne craignait pas l’orage. » On attend une reprise pronominale (« il »), puis une reprise nominale variée ou une périphrase. Toute solution claire, sans ambiguïté de référence, est correcte.
Exercice 3 — Type brevet
Voici une phrase de rédaction d’élève : « Anne Frank elle écrivait des choses dans son journal et c’était bien. » Améliore-la en deux versions : a) une version corrigée (langue) ; b) une version enrichie (précision et intertextualité).
Correction
a) Version corrigée : « Anne Frank écrivait dans son journal ses pensées et ses émotions. » (suppression du pronom redondant « elle », remplacement de « des choses » et « c’était bien », trop vagues). b) Version enrichie : « Dans la clandestinité de l’Annexe, Anne Frank confiait à “Kitty”, sa destinataire imaginaire, ses peurs, ses colères et ses espoirs : son journal transformait l’enfermement en espace de liberté. » Critères : précision lexicale, référence exacte à l’œuvre, phrase construite.
Exercice 4
Dans cette phrase, la reprise est ambiguë : « Le journaliste a interrogé le maire quand il a quitté la mairie. » Explique l’ambiguïté puis propose deux réécritures, une pour chaque sens.
Correction
Le pronom « il » peut renvoyer au journaliste ou au maire : on ne sait pas qui a quitté la mairie. Sens 1 : « Le journaliste a interrogé le maire au moment où celui-ci quittait la mairie. » (c’est le maire qui sort). Sens 2 : « En quittant la mairie, le journaliste a interrogé le maire. » (c’est le journaliste qui sort). La reprise anaphorique doit toujours avoir un référent unique et évident.
Évaluation — Évaluer et faire évoluer son écrit
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Prendre la parole et interagir

Parler en continu jusqu’à cinq minutes : l’exposé et la soutenance
En 3ᵉ, tu dois pouvoir t’exprimer en continu pendant cinq minutes de façon maîtrisée : c’est exactement le format de la soutenance orale du brevet (exposé puis entretien avec le jury).
- Structurer : une accroche (question, anecdote, citation), un plan annoncé, deux ou trois parties, une conclusion qui répond et ouvre.
- Ne pas rédiger son texte : préparer des notes en mots-clés (une fiche, pas des pages) pour garder un ton naturel.
- Le support (diaporama, affiche) illustre : peu de texte, des images ou schémas ; on ne lit jamais ses diapositives.
- Se chronométrer à l’entraînement : cinq minutes se travaillent, elles ne s’improvisent pas.
Le jury évalue autant la maîtrise de l’expression (clarté, vocabulaire, registre adapté) que le contenu. Parler lentement et distinctement fait toujours gagner des points.
Les moyens de l’orateur : voix, corps, trac
- La voix : volume suffisant pour le fond de la salle, débit posé (le stress fait accélérer : ralentis volontairement), intonations variées pour éviter la monotonie.
- Le regard : balayer l’auditoire, ne pas fixer ses notes ni le plafond ; regarder chaque membre du jury à tour de rôle.
- La posture : ancré sur ses deux pieds, mains visibles, gestes qui accompagnent le propos sans s’agiter.
- Le trac : normal et même utile. Pour le dompter : respirer profondément avant d’entrer, répéter plusieurs fois devant quelqu’un, mémoriser parfaitement la première phrase — un début réussi lance tout l’exposé.
Les tics de langage (« euh », « du coup », « en fait ») se corrigent en s’enregistrant : on ne les entend pas soi-même, l’enregistrement les révèle.
Interagir : s’ajuster à la situation de communication
Parler, c’est aussi répondre et s’adapter. Toute situation de communication impose son registre et ses codes : on ne s’adresse pas à un jury comme à ses camarades.
- Écouter vraiment la question avant de répondre ; demander une reformulation si besoin (« Pouvez-vous préciser votre question ? ») plutôt que répondre à côté.
- Reformuler pour vérifier : « Si je comprends bien, vous me demandez… »
- Assumer de ne pas savoir : « Je ne connais pas ce point, mais je peux faire l’hypothèse que… » vaut mieux qu’une invention.
- Adapter son registre : langue courante ou soutenue avec un jury, vocabulaire précis, pas de familiarités.
Le débat : participer, animer, arbitrer
Le débat est un exercice réglé : on y défend une position avec des arguments, dans le respect des autres. Chacun peut y tenir un rôle :
| Rôle | Mission | Formules utiles |
|---|---|---|
| Débatteur | argumenter, réfuter, illustrer | « Je ne partage pas cet avis, car… », « L’exemple de… le montre » |
| Animateur | distribuer la parole, relancer, recentrer | « Qui souhaite répondre ? », « Revenons à la question posée » |
| Arbitre / observateur | veiller aux règles, noter les arguments, faire la synthèse | « Chacun a pu s’exprimer », « Deux positions se dégagent… » |
Règles d’or : ne pas couper la parole, attaquer les idées, jamais les personnes, s’appuyer sur des faits et des exemples, accepter de nuancer sa position si un argument adverse est solide — changer d’avis n’est pas perdre.
Dans un débat, la force d’une intervention tient à trois choses : un argument clair, un exemple précis, un ton respectueux.
Mémo — Prendre la parole et interagir

- Exposé de 5 minutes : accroche + plan annoncé + 2-3 parties + conclusion ; notes en mots-clés, jamais de texte rédigé lu.
- Support : peu de texte, des images ; on ne lit pas ses diapositives.
- Voix : volume suffisant, débit ralenti volontairement, intonations variées.
- Corps : regard qui balaie l’auditoire, posture ancrée, gestes sobres.
- Trac : respiration, répétitions chronométrées, première phrase sue par cœur.
- Entretien : écouter la question, reformuler, assumer de ne pas savoir, registre courant ou soutenu.
- Débat : argument + exemple + respect ; on attaque les idées, jamais les personnes.
- Rôles du débat : débatteur, animateur, arbitre — l’animateur distribue et recentre la parole.
Exercices — Prendre la parole et interagir
Exercice 1
Transforme ce début d’exposé rédigé en fiche de notes en mots-clés : « Je vais vous parler du Journal d’Anne Frank. D’abord je présenterai le contexte historique, ensuite je raconterai la vie dans l’Annexe, et enfin j’expliquerai pourquoi ce livre est encore important aujourd’hui. »
Correction
Exemple de fiche : « ACCROCHE : citation d’Anne (“Je veux continuer à vivre après ma mort”) / SUJET : Journal A. Frank / PLAN : 1. Contexte hist. (2GM, persécution Juifs, Pays-Bas 1942) — 2. Vie dans l’Annexe (8 personnes, peur, quotidien, écriture à “Kitty”) — 3. Importance auj. (témoignage, mémoire, devoir de transmission) / CCL : livre = victoire sur l’oubli. » L’essentiel : mots-clés hiérarchisés, pas de phrases rédigées.
Exercice 2
Pendant un entretien, le jury te demande : « Votre projet vous a-t-il fait changer de regard ? » et tu n’as rien préparé sur ce point. Rédige deux réponses possibles : une mauvaise (qui invente ou élude) et une bonne (honnête et construite).
Correction
Mauvaise réponse : « Euh… oui, complètement, ça a tout changé pour moi » (vague, non justifiée, tic de langage). Bonne réponse : « Je n’avais pas réfléchi à la question sous cet angle. En y pensant maintenant, je dirais que le travail en groupe m’a surtout appris à écouter des avis opposés au mien, par exemple lorsque nous avons dû choisir notre problématique. » Critères : honnêteté, temps de réflexion assumé, exemple concret, registre adapté.
Exercice 3 — Type brevet
Prépare la structure d’une soutenance de cinq minutes sur une œuvre étudiée dans l’année (par exemple Antigone d’Anouilh) : accroche, plan en deux ou trois parties, conclusion avec avis personnel argumenté.
Correction
Exemple : Accroche : « Peut-on dire non à l’État au prix de sa vie ? C’est la question que pose Antigone. » Partie 1 : présentation de l’œuvre et de son double contexte (mythe grec ; création en 1944 sous l’Occupation). Partie 2 : le face-à-face Antigone/Créon — deux conceptions du devoir. Partie 3 : mon interprétation — pourquoi le public de 1944 y entendait un écho de la Résistance, et ce que la pièce me dit aujourd’hui. Conclusion : avis personnel justifié par une scène précise + ouverture (d’autres figures du refus, de Rosa Parks aux lanceurs d’alerte). Critères : plan clair, contexte exact, jugement argumenté, durée tenable en 5 minutes.
Exercice 4
Lors d’un débat sur « Faut-il interdire les portables au collège ? », un camarade lance : « De toute façon, ceux qui sont pour l’interdiction n’y connaissent rien ! » En tant qu’animateur, que réponds-tu ? Puis reformule son intervention en argument acceptable.
Correction
Réponse d’animateur : « Je te rappelle qu’on discute les idées, pas les personnes. Peux-tu reformuler ton désaccord avec un argument ? » Reformulation acceptable : « Je pense que l’interdiction est inadaptée, car le portable peut être un outil pédagogique, par exemple pour consulter un dictionnaire ou faire une recherche encadrée. » On attend : rappel de la règle (pas d’attaque personnelle) et transformation de l’attaque en argument + exemple.
Évaluation — Prendre la parole et interagir
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Écouter, comprendre, interpréter

L’écoute active : comprendre un message oral en autonomie
Écouter n’est pas entendre : l’écoute active est un travail. Face à un exposé, un discours, un podcast ou un extrait de théâtre, on procède en trois temps :
- Avant : se demander qui parle, à qui, dans quel cadre (conférence, plaidoirie, interview, fiction ?).
- Pendant : repérer le thème (de quoi parle-t-on ?), la thèse (que veut faire admettre le locuteur ?), la structure (annonces de plan, connecteurs : « d’abord », « ensuite », « en conclusion »).
- Après : reformuler l’essentiel avec ses propres mots — le vrai test de compréhension.
Deux questions guident toute écoute : « De quoi parle-t-on ? » (le thème) et « Qu’est-ce qu’on veut me faire penser ou faire ? » (la thèse ou la visée).
Distinguer thème, thèse, arguments et exemples
Dans un message argumentatif oral, il faut savoir démonter la mécanique :
| Élément | Définition | Exemple (discours sur le sport au collège) |
|---|---|---|
| Thème | le sujet dont on parle | le sport à l’école |
| Thèse | l’opinion défendue | « il faut plus d’heures de sport au collège » |
| Argument | une raison qui soutient la thèse | « le sport améliore la concentration des élèves » |
| Exemple | un cas concret qui illustre l’argument | « dans tel collège, les résultats ont progressé après… » |
Piège fréquent : confondre argument (idée générale qui justifie) et exemple (cas particulier qui illustre). Un exemple seul ne prouve rien ; un argument sans exemple reste abstrait. À l’oral, les exemples sont souvent introduits par « par exemple », « ainsi », « prenez le cas de… ».
Entendre l’implicite d’un message oral
À l’oral, le sens passe aussi par la manière de dire : intonation, pauses, ironie, choix des mots. Formuler l’implicite, c’est dire ce que le locuteur suggère sans l’affirmer.
- L’intonation : « C’est malin ! » dit avec un soupir signifie exactement le contraire des mots — c’est l’ironie orale.
- Les sous-entendus : « Certains, ici, n’ont visiblement pas lu le dossier… » vise quelqu’un sans le nommer.
- Le choix des mots : parler de « clients » plutôt que d’« élèves » pour l’école suggère déjà une critique (l’école deviendrait un commerce).
- Ce qui n’est pas dit : un bilan qui ne mentionne jamais les difficultés cherche peut-être à les cacher.
Pour formuler l’implicite : « Le locuteur ne le dit pas explicitement, mais il laisse entendre que…, comme le montrent son intonation / son choix de mots. »
Prendre des notes d’écoute et restituer
On ne peut pas réécouter la vie réelle : la prise de notes d’écoute est donc plus sélective encore que la prise de notes de cours.
- Noter en priorité : le thème, la thèse, les connecteurs entendus (ils donnent le plan), les chiffres et noms propres, la conclusion.
- Utiliser abréviations et flèches ; laisser des blancs à compléter juste après l’écoute.
- Distinguer dans ses notes ce qui est dit et ce qu’on en pense (par exemple avec un code : ! pour ses réactions).
- Restituer ensuite en trois phrases : thème, thèse, argument principal — l’exercice type de la compréhension orale.
Mémo — Écouter, comprendre, interpréter

- Écoute active : avant (qui parle, à qui, dans quel cadre ?), pendant (thème, thèse, structure), après (reformuler).
- Thème = de quoi on parle ; thèse = ce qu’on veut faire admettre.
- Argument = raison générale ; exemple = cas concret qui illustre. Ne pas les confondre.
- Les connecteurs entendus (« d’abord », « ensuite », « en conclusion ») révèlent le plan du discours.
- Implicite oral : intonation, ironie, sous-entendus, choix des mots, silences.
- Formule clé : « le locuteur laisse entendre que… ».
- Notes d’écoute : thème, thèse, connecteurs, chiffres, noms propres ; compléter juste après l’écoute.
- Restitution type : trois phrases — thème, thèse, argument principal.
Exercices — Écouter, comprendre, interpréter
Exercice 1
Dans ce court discours, identifie le thème, la thèse, un argument et un exemple : « Les bibliothèques municipales doivent rester gratuites. En effet, la lecture est un droit fondamental qui ne doit dépendre d’aucun revenu. Ainsi, dans ma ville, un tiers des inscrits sont des familles qui ne pourraient pas acheter de livres. »
Correction
Thème : les bibliothèques municipales (leur gratuité). Thèse : elles doivent rester gratuites. Argument : la lecture est un droit fondamental indépendant du revenu (introduit par « en effet »). Exemple : le tiers d’inscrits qui ne pourraient pas acheter de livres (introduit par « ainsi »).
Exercice 2
Un élève présente son exposé ; à la fin, il conclut en soupirant : « Enfin bref, c’était passionnant comme sujet, comme vous avez pu le constater… » Formule l’implicite de cette phrase.
Correction
Le locuteur ne le dit pas explicitement, mais il laisse entendre que le sujet l’a ennuyé (ou qu’il craint d’avoir ennuyé son auditoire) : le soupir et l’expression désinvolte « enfin bref » contredisent l’adjectif « passionnant », qui devient ironique. L’intonation transforme un éloge apparent en antiphrase.
Exercice 3 — Type brevet
Écoute un discours argumentatif court (par exemple l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, ou un plaidoyer contemporain). Prends des notes, puis restitue en trois phrases : le thème, la thèse et l’argument qui t’a semblé le plus fort.
Correction
Critères de réussite (exemple avec l’appel du 18 juin) : 1) Thème correctement identifié : la défaite de la France en 1940 et la poursuite du combat. 2) Thèse reformulée avec ses mots : la France a perdu une bataille mais pas la guerre ; la résistance doit continuer. 3) Un argument exact : la France peut s’appuyer sur son empire et sur ses alliés (Grande-Bretagne, industrie des États-Unis), donc rien n’est perdu. On valorise la reformulation personnelle (pas de citation intégrale) et la distinction claire thèse/argument.
Exercice 4
Compare ces deux annonces d’un même fait : a) « Le collège accueillera désormais les élèves dès 7 h 30. » b) « Les élèves devront désormais se lever encore plus tôt pour être au collège dès 7 h 30. » Qu’est-ce qui change et que révèle le choix des mots ?
Correction
Le fait est identique (ouverture à 7 h 30), mais l’angle diffère : la version a) adopte le point de vue de l’institution avec un verbe positif (« accueillera ») ; la version b) adopte celui des élèves avec une contrainte (« devront », « encore plus tôt »). Le choix des mots oriente le jugement de l’auditeur : la première annonce valorise la mesure, la seconde la critique implicitement. C’est un exemple de modalisation : la subjectivité passe par le vocabulaire.
Évaluation — Écouter, comprendre, interpréter
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Dire, lire, jouer un texte

Réciter et interpréter avec une intention expressive
Réciter n’est pas restituer mécaniquement : c’est interpréter. Avant de dire un texte appris, il faut choisir une intention — ce que je veux faire ressentir à ceux qui m’écoutent.
- Choisir son intention : le même poème peut être dit comme une confidence, une révolte, une prière ou une déclaration.
- Construire une progression : un texte se dit rarement sur un seul ton ; repérer où l’émotion monte, où elle se brise.
- Oser les contrastes : une accélération, un murmure, un silence — c’est la variation qui tient l’auditoire.
- Habiter le texte : comprendre chaque image pour la faire voir ; on ne transmet que ce qu’on se représente soi-même.
Une récitation réussie répond à la question : « Qu’est-ce que je veux faire éprouver ? » — pas seulement « Est-ce que je connais le texte ? ».
Interpréter et mettre en scène un texte théâtral
Jouer une scène, c’est faire des choix de mise en scène. Le texte de théâtre est une partition incomplète : tout ce qui n’est pas écrit reste à inventer.
- Lire les didascalies : elles indiquent gestes, tons, décors — mais laissent une large liberté d’interprétation.
- Occuper l’espace : les déplacements traduisent les rapports de force (s’approcher pour menacer ou supplier, tourner le dos pour rompre).
- Jouer l’adresse : à qui parle mon personnage ? à son interlocuteur, à lui-même (monologue), au public (aparté) ?
- Travailler l’écoute : réagir aux répliques du partenaire ; le théâtre se joue à plusieurs, jamais chacun pour soi.
Exemple : le face-à-face entre Antigone et Créon peut se jouer comme un duel (frontal, tendu), un dialogue de sourds (chacun regarde ailleurs) ou une scène familiale déchirante — trois mises en scène, trois sens différents, toutes fondées sur le même texte.
Pratiquer des genres variés de l’oral
En 3ᵉ, l’oral se décline en genres codifiés, chacun avec ses règles :
| Genre oral | But | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Plaidoyer / réquisitoire | défendre ou accuser une cause | arguments ordonnés, adresse à l’auditoire, force de conviction |
| Slam / poésie orale | dire un texte poétique personnel | rythme, sonorités, présence physique |
| Lecture chorale | dire un texte à plusieurs voix | synchronisation, contrastes de voix, enchaînements |
| Revue de presse / chronique | informer et commenter | hiérarchiser l’information, distinguer fait et opinion |
| Interview / podcast | faire parler et transmettre | questions ouvertes, relances, écoute |
Ces pratiques préparent directement l’oral du brevet et, plus tard, le grand oral du lycée : parler est une compétence qui s’entraîne, pas un don.
Dire la poésie engagée
La poésie de la Résistance a été écrite pour être dite : apprise par cœur, murmurée, diffusée à la radio de Londres. La mettre en voix, c’est retrouver sa fonction première.
- Les anaphores (« J’écris ton nom ») se scandent : la répétition devient un battement qui porte le texte.
- Les énumérations gagnent à être détachées : chaque terme compte, chaque image s’affiche.
- Le silence final, avant le dernier mot (« Liberté »), crée l’attente et donne au dévoilement toute sa force.
- Dire « Strophes pour se souvenir » d’Aragon ou « Ce cœur qui haïssait la guerre » de Desnos demande de choisir entre la colère, le deuil et l’espoir — ou de passer de l’un à l’autre.
Un poème engagé dit à voix haute redevient ce qu’il fut : un acte. La mise en voix est une interprétation au sens plein.
Mémo — Dire, lire, jouer un texte

- Réciter = interpréter : choisir une intention (confidence, révolte, prière…) et une progression.
- La variation (débit, volume, silences) tient l’auditoire ; la monotonie l’endort.
- Théâtre : didascalies, occupation de l’espace, adresse (interlocuteur, monologue, aparté), écoute du partenaire.
- Un même texte permet plusieurs mises en scène défendables : chaque choix produit un sens.
- Genres oraux : plaidoyer, slam, lecture chorale, revue de presse, interview — chacun a ses codes.
- Poésie engagée : scander les anaphores, détacher les énumérations, ménager le silence avant le mot final.
- La poésie de la Résistance a été écrite pour être dite : la mise en voix retrouve sa fonction d’acte.
- Parler s’entraîne : répéter, s’enregistrer, ajuster.
Exercices — Dire, lire, jouer un texte
Exercice 1
Choisis deux intentions opposées (par exemple : la tendresse et la colère) pour dire ce vers d’Éluard : « Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie ». Décris comment ta voix change entre les deux versions.
Correction
Exemple : version tendresse — volume doux, débit lent, pause avant « Je recommence », voix qui s’éclaire sur « ma vie » : le mot « Liberté » est un cadeau. Version colère / défi — volume fort, débit martelé, accent sur « pouvoir » et « recommence » : le mot devient une arme reconquise. On attend la description précise d’au moins deux paramètres (volume, débit, pauses, intonation) pour chaque intention.
Exercice 2
Voici une didascalie d’Anouilh : « Antigone, doucement ». La réplique qui suit est un refus adressé à Créon. Propose deux mises en jeu différentes de ce « doucement » et explique l’effet de chacune.
Correction
Mise en jeu 1 : douceur résignée — voix basse, regard baissé, immobilité : Antigone est déjà ailleurs, détachée du monde ; le refus devient serein, presque religieux. Mise en jeu 2 : douceur menaçante — voix calme mais regard planté dans celui de Créon, léger pas en avant : la douceur devient une force tranquille plus inquiétante qu’un cri. Les deux respectent la didascalie : c’est le jeu qui décide du sens.
Exercice 3 — Type brevet
En groupe de trois ou quatre, préparez une lecture chorale de Liberté d’Éluard (une dizaine de strophes) : répartition des voix, passages à l’unisson, gestion du mot final. Présentez-la à la classe.
Correction
Critères de réussite : 1) la répartition des voix suit un projet (une voix par strophe, refrain « J’écris ton nom » à l’unisson, crescendo du nombre de voix vers la fin) ; 2) les enchaînements sont nets, sans blanc subi ; 3) le volume et le débit varient selon les strophes (intime pour l’enfance, ample pour les images de la nature) ; 4) le mot final « Liberté » est préparé par un silence et dit selon un choix assumé (éclat collectif ou murmure) ; 5) chaque lecteur articule et reste audible.
Exercice 4
Prépare une chronique orale de deux minutes pour recommander (ou déconseiller) une œuvre lue cette année, en distinguant clairement un fait (résumé, contexte) et ton opinion argumentée.
Correction
Critères de réussite : 1) une accroche qui donne envie d’écouter ; 2) une partie factuelle exacte (auteur, contexte, sujet de l’œuvre — sans divulguer la fin) ; 3) une opinion clairement signalée comme telle (« à mon avis », « ce qui m’a marqué ») et justifiée par un passage ou un procédé précis ; 4) une chute (conseil final, note, comparaison) ; 5) deux minutes tenues, débit posé, sans lecture intégrale de notes.
Évaluation — Dire, lire, jouer un texte
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Vocabulaire et orthographe lexicale

Le lexique de l’analyse littéraire
Pour analyser les textes — au brevet comme à l’oral — il faut disposer d’un vocabulaire technique précis :
| Domaine | Mots essentiels |
|---|---|
| Poésie | vers, strophe (quatrain, tercet), rime, alexandrin, enjambement, vers libre, refrain |
| Argumentation | thèse, argument, exemple, réfuter, concéder, persuader, convaincre, polémique |
| Récit | narrateur, point de vue, ellipse, retour en arrière, incipit, chute |
| Style | registre (lyrique, tragique, comique, satirique, épique), tonalité, procédé, connotation |
Employer le mot juste, c’est gagner en précision : dire « l’enjambement prolonge la phrase au vers suivant » vaut mieux que « la phrase continue en dessous ».
Mots de liaison et connecteurs : articuler sa pensée
Les connecteurs rendent visible la logique d’un texte ou d’un propos. Les employer à bon escient, c’est montrer qu’on pense de façon organisée :
- Addition : de plus, en outre, par ailleurs ; énumération : d’abord, ensuite, enfin.
- Cause : car, en effet, parce que, puisque ; conséquence : donc, ainsi, c’est pourquoi, si bien que.
- Opposition : mais, or, cependant, en revanche, pourtant ; concession : certes, bien que, malgré.
- Illustration : par exemple, notamment, ainsi ; reformulation : autrement dit, c’est-à-dire.
Attention aux confusions : « en effet » introduit une cause (jamais une opposition) ; « or » introduit un fait nouveau qui relance le raisonnement.
Dénotation et connotation
La dénotation est le sens objectif d’un mot, celui du dictionnaire. La connotation est l’ensemble des idées et émotions que le mot évoque en plus.
- « Rouge » dénote une couleur ; il connote selon le contexte la passion, le danger, la révolution ou l’interdit.
- Connotation méliorative (valorisante) : « une demeure », « svelte », « un parfum ». Connotation péjorative (dévalorisante) : « une baraque », « maigrichon », « une odeur ».
- Les connotations peuvent être culturelles (le corbeau, oiseau de malheur en Occident) ou personnelles (une chanson liée à un souvenir).
Repérer les connotations permet de déceler le jugement caché d’un texte : décrire un quartier avec « ruelles pittoresques » ou « ruelles sombres et étroites », c’est déjà prendre parti — sans jamais donner explicitement son avis.
Formation des mots et homophones lexicaux
Raisonner sur la formation des mots (radical, préfixe, suffixe) aide à comprendre et à orthographier : in-justifi-able = « qu’on ne peut pas justifier » ; le préfixe in- (négation) devient il- devant l (illégal), im- devant m, b, p (immobile, impossible), ir- devant r (irréel).
Les homophones lexicaux se prononcent de la même façon mais s’écrivent différemment : seul le sens (et la famille de mots) permet de choisir.
| Homophones | Sens | Astuce |
|---|---|---|
| voie / voix | chemin / son produit en parlant | voie → voie ferrée ; voix → vocal |
| conte / compte / comte | récit / calcul / titre de noblesse | conte → conteur ; compte → compter ; comte → comtesse |
| encre / ancre | liquide pour écrire / pièce qui retient le bateau | encre → encrier ; ancre → ancrage |
| cession / session | action de céder / période (d’examen) | cession → céder ; session → séance |
| différent / différend | adjectif (pas pareil) / nom (désaccord) | un différend = un désaccord (les deux sont des noms en d) |
Devant un homophone, cherche un mot de la même famille : il révèle presque toujours la bonne orthographe (voix → vocal, encre → encrier).
Mémo — Vocabulaire et orthographe lexicale

- Lexique poésie : vers, strophe, rime, alexandrin, enjambement, vers libre.
- Lexique argumentation : thèse, argument, exemple, réfuter, concéder, convaincre / persuader.
- Connecteurs : cause (car, en effet), conséquence (donc, c’est pourquoi), opposition (cependant, en revanche), concession (certes… mais).
- « En effet » = cause ; « or » = fait nouveau qui relance le raisonnement.
- Dénotation = sens du dictionnaire ; connotation = évocations en plus (méliorative, péjorative, culturelle).
- Les connotations révèlent le jugement implicite d’un texte.
- Formation des mots : radical + préfixe + suffixe ; in- devient il-/im-/ir- (illégal, impossible, irréel).
- Homophones : choisir grâce à un mot de la même famille (voix → vocal ; compte → compter).
Exercices — Vocabulaire et orthographe lexicale
Exercice 1
Complète avec le bon homophone : 1) Le navigateur a jeté l’… (ancre/encre). 2) Il a lu un … de fées à sa fille (conte/compte/comte). 3) Sa … tremblait d’émotion (voie/voix). 4) Ils ont réglé leur … à l’amiable (différent/différend).
Correction
1) l’ancre (famille : ancrage — la pièce qui retient le bateau). 2) un conte (famille : conteur — le récit merveilleux). 3) sa voix (famille : vocal — le son de la parole). 4) leur différend (nom masculin : le désaccord ; « différent » est l’adjectif).
Exercice 2
Classe ces mots selon leur connotation (méliorative ou péjorative) : une demeure, une baraque, svelte, maigrichon, un parfum, une odeur, un fin stratège, un manipulateur.
Correction
Mélioratives : une demeure, svelte, un parfum, un fin stratège. Péjoratives : une baraque, maigrichon, une odeur (souvent négative en contexte), un manipulateur. À noter : les paires désignent presque la même réalité (svelte/maigrichon, fin stratège/manipulateur) — seule la connotation change, et avec elle le jugement porté.
Exercice 3 — Type brevet
Voici deux descriptions du même personnage : a) « L’homme, svelte, au regard vif, avançait d’un pas décidé. » b) « L’individu, maigre, au regard fuyant, avançait d’un pas nerveux. » Analyse les connotations pour montrer que chaque texte oriente le jugement du lecteur.
Correction
Éléments attendus : les dénotations sont proches (silhouette mince, regard mobile, démarche rapide), mais les connotations s’opposent terme à terme : « homme » (neutre) / « individu » (méfiance policière) ; « svelte » (élégance) / « maigre » (privation) ; « vif » (intelligence) / « fuyant » (dissimulation) ; « décidé » (assurance) / « nerveux » (inquiétude). Le texte a construit un héros, le texte b un suspect — sans qu’aucun jugement explicite ne soit formulé : la subjectivité passe entièrement par le lexique.
Exercice 4
Forme l’antonyme avec le préfixe négatif qui convient (in-, il-, im-, ir-) : légal, réel, possible, mobile, lisible, responsable. Explique la règle.
Correction
illégal, irréel, impossible, immobile, illisible, irresponsable. Règle : le préfixe négatif in- s’assimile à la consonne initiale du radical — il- devant l, ir- devant r, im- devant m, b, p ; il reste in- ailleurs (inconnu, inutile). La consonne est alors double (il + légal = illégal), sauf dans les mots en im- devant b ou p (imbattable, impossible : un seul m).
Évaluation — Vocabulaire et orthographe lexicale
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — La phrase et ses constituants

Phrase simple, phrase complexe
Une phrase simple contient un seul verbe conjugué (une seule proposition). Une phrase complexe en contient plusieurs. Trois façons de relier les propositions :
- Juxtaposition : propositions séparées par une virgule, un point-virgule ou deux-points. « Il pleuvait, la rue était déserte. »
- Coordination : propositions reliées par une conjonction de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car). « Il pleuvait et la rue était déserte. »
- Subordination : une proposition dépend d’une autre (la principale) et est introduite par un mot subordonnant. « Comme il pleuvait, la rue était déserte. »
Pour analyser une phrase complexe : 1) souligner les verbes conjugués, 2) compter les propositions, 3) repérer les mots de liaison (conjonctions, pronoms relatifs).
Les propositions subordonnées : le panorama complet
| Subordonnée | Introduite par | Fonction | Exemple |
|---|---|---|---|
| Relative | qui, que, dont, où, lequel… | complément de l’antécédent | Le livre que tu m’as prêté est passionnant. |
| Conjonctive complétive | que | le plus souvent COD du verbe principal | Je pense que tu réussiras. |
| Circonstancielle de temps | quand, lorsque, dès que, avant que | complément circonstanciel | Quand la cloche sonne, les élèves sortent. |
| Circonstancielle de cause | parce que, puisque, comme | complément circonstanciel | Il est resté parce qu’il pleuvait. |
| Circonstancielle de conséquence | si bien que, de sorte que, tant… que | complément circonstanciel | Il a tant travaillé qu’il a réussi. |
| Circonstancielle de but | pour que, afin que (+ subjonctif) | complément circonstanciel | Parle plus fort pour qu’on t’entende. |
| Circonstancielle de condition | si, à condition que, pourvu que | complément circonstanciel | Si tu viens, nous irons au théâtre. |
| Circonstancielle de concession | bien que, quoique (+ subjonctif) | complément circonstanciel | Bien qu’il soit tard, elle travaille encore. |
Distinction clé pour le brevet : la relative complète un nom (son antécédent) ; la complétive complète un verbe ; la circonstancielle complète la phrase entière (on peut souvent la déplacer ou la supprimer).
Le pronom relatif : quelle fonction dans la subordonnée ?
Le pronom relatif reprend son antécédent et occupe une fonction dans la subordonnée :
- qui = sujet : « l’élève qui parle » (qui parle ? l’élève).
- que = COD : « le poème que j’apprends » (j’apprends quoi ? le poème).
- dont = complément introduit par « de » : « le livre dont je parle » (je parle de ce livre) ; « l’ami dont je connais la sœur » (la sœur de cet ami).
- où = complément de lieu ou de temps : « la ville où je suis né », « le jour où tout a changé ».
- lequel, auquel, duquel… après préposition : « la raison pour laquelle je pars ».
Pour trouver la fonction du relatif, remplace-le par son antécédent dans la subordonnée : « le poème que j’apprends » → j’apprends le poème → COD.
La phrase emphatique et le groupe nominal étendu
La phrase emphatique met en relief un élément :
- Extraction avec « c’est… qui / c’est… que » : « C’est Antigone qui a bravé l’interdit. » (au lieu de « Antigone a bravé l’interdit »).
- Dislocation avec reprise pronominale : « Ce poème, je le connais par cœur. » / « Elle est étonnante, cette mise en scène. »
Le groupe nominal étendu empile les expansions du nom — et il faut savoir les analyser, y compris dans des structures complexes :
« Le jeune journaliste [adjectif épithète] de la rédaction parisienne [complément du nom] , épuisé par l’enquête [participe apposé] , qui refusait pourtant d’abandonner [proposition relative] » : quatre expansions autour du seul nom « journaliste ». Dans le groupe verbal, on distingue de même le verbe et ses compléments essentiels (COD, COI, attribut), à ne pas confondre avec les circonstanciels déplaçables.
Mémo — La phrase et ses constituants

- Phrase complexe = plusieurs verbes conjugués ; liaisons : juxtaposition, coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car), subordination.
- Relative (qui, que, dont, où) : complète un nom (l’antécédent).
- Complétive (que) : complète un verbe, souvent COD (« Je pense que… »).
- Circonstancielles : temps, cause, conséquence, but, condition, concession — déplaçables et souvent supprimables.
- But (pour que) et concession (bien que) exigent le subjonctif.
- Fonction du relatif : qui = sujet, que = COD, dont = complément en « de », où = lieu/temps.
- Phrase emphatique : extraction (« c’est… qui/que ») ou dislocation (« Ce poème, je le connais »).
- Méthode d’analyse : souligner les verbes conjugués, compter les propositions, repérer les mots subordonnants.
Exercices — La phrase et ses constituants
Exercice 1
Indique si les propositions sont juxtaposées, coordonnées ou subordonnées : 1) « Le rideau se lève, le silence se fait. » 2) « Elle hésita, mais elle entra. » 3) « Dès que le rideau se lève, le silence se fait. »
Correction
1) Juxtaposées (séparées par une virgule, aucun mot de liaison). 2) Coordonnées (conjonction de coordination « mais »). 3) Subordonnées : « Dès que le rideau se lève » est une subordonnée circonstancielle de temps qui dépend de la principale « le silence se fait ».
Exercice 2
Donne la nature et la fonction de chaque subordonnée : 1) « J’espère que tu viendras samedi. » 2) « Le roman dont tu m’as parlé est introuvable. » 3) « Bien qu’il soit épuisé, il a terminé son exposé. »
Correction
1) « que tu viendras samedi » : conjonctive complétive, COD de « espère ». 2) « dont tu m’as parlé » : relative, complément de l’antécédent « roman » (dont = tu m’as parlé de ce roman). 3) « Bien qu’il soit épuisé » : circonstancielle de concession (au subjonctif), complément circonstanciel de la phrase.
Exercice 3 — Type brevet
« C’est cette lettre que le soldat, qui n’avait plus d’espoir, relisait chaque soir pour que le souvenir ne s’efface pas. » 1) Combien de propositions compte cette phrase ? 2) Identifie chacune (principale et subordonnées avec leur nature). 3) Quel est l’effet de la tournure « C’est cette lettre que… » ?
Correction
1) Quatre verbes conjugués (est, avait, relisait, s’efface) donc quatre propositions. 2) « C’est cette lettre » : principale (présentatif) ; « que le soldat relisait chaque soir » : subordonnée introduite par « que » liée au présentatif (tournure emphatique) ; « qui n’avait plus d’espoir » : relative, complément de l’antécédent « soldat » ; « pour que le souvenir ne s’efface pas » : circonstancielle de but, au subjonctif. 3) « C’est… que » est une phrase emphatique par extraction : elle met en relief « cette lettre », qui devient l’objet essentiel de la phrase — tout le désespoir du soldat se concentre sur elle.
Exercice 4
Réunis ces phrases simples en une seule phrase complexe, d’abord par coordination, puis par subordination : « Le public applaudissait. La comédienne saluait. »
Correction
Coordination : « Le public applaudissait et la comédienne saluait. » Subordination (plusieurs solutions) : « Pendant que le public applaudissait, la comédienne saluait » (temps) ; « Le public applaudissait tandis que la comédienne saluait » (simultanéité) ; « Comme le public applaudissait, la comédienne saluait » (cause). On vérifie : un mot subordonnant, une principale, un sens cohérent.
Évaluation — La phrase et ses constituants
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Question 1
Cours — Registres de langue et paroles rapportées

Les registres de langue : s’adapter à la situation
Le registre de langue (ou niveau de langue) se choisit selon le destinataire et la situation. À l’école — exposé, entretien, copie — on attend le registre courant ou soutenu.
| Registre | Situation | Exemple |
|---|---|---|
| Familier | proches, oral spontané | « C’est un bouquin trop bien, j’ai kiffé. » |
| Courant | école, situations publiques ordinaires | « C’est un très bon livre, je l’ai beaucoup aimé. » |
| Soutenu | écrits littéraires, discours officiels | « Cet ouvrage remarquable m’a profondément touché. » |
Les indices du familier : vocabulaire relâché, suppression du « ne » de négation (« j’ai pas »), syntaxe orale (« le prof, il a dit »). En littérature, les registres sont des outils : un auteur fait parler un personnage en langue familière pour créer un effet de réel ou un contraste.
Discours direct et discours indirect
Le discours direct rapporte les paroles telles quelles (guillemets, verbe de parole, ponctuation expressive conservée). Le discours indirect les intègre au récit dans une subordonnée : il faut alors transformer.
| Transformation | Discours direct | Discours indirect (récit au passé) |
|---|---|---|
| Personnes | Elle déclara : « Je partirai demain. » | Elle déclara qu’elle partirait… |
| Temps (présent → imparfait) | « Je suis fatiguée. » | … qu’elle était fatiguée. |
| Temps (futur → conditionnel) | « Je partirai. » | … qu’elle partirait. |
| Temps (passé composé → plus-que-parfait) | « J’ai fini. » | … qu’elle avait fini. |
| Repères de temps et lieu | « demain », « ici » | « le lendemain », « là » |
Au discours indirect, on perd la ponctuation expressive et l’interrogation directe : « Viendras-tu ? » → Elle lui demanda s’il viendrait.
Le discours indirect libre : la voix mêlée du récit
Le discours indirect libre rapporte les pensées ou paroles d’un personnage sans guillemets ni verbe introducteur, tout en gardant les temps du récit. La voix du narrateur et celle du personnage se mêlent.
- Discours direct : Elle pensa : « Jamais je n’oserai entrer ! »
- Discours indirect : Elle pensa qu’elle n’oserait jamais entrer.
- Discours indirect libre : Elle s’arrêta devant la porte. Jamais elle n’oserait entrer ! Tout le monde la regarderait.
Effets littéraires : le lecteur entre dans la tête du personnage sans rupture de récit ; l’auteur peut aussi glisser une ironie (Flaubert et Maupassant en sont maîtres : les illusions du personnage sont données à entendre, et discrètement moquées). On repère le discours indirect libre aux exclamations et questions conservées, au vocabulaire du personnage, dans un récit à la troisième personne.
Dans un récit, les formes de paroles rapportées alternent : le discours direct dramatise les moments forts, l’indirect résume, l’indirect libre fait partager l’intimité d’une conscience. Le discours narrativisé, enfin, condense la parole en action : « Elle le supplia longuement. »
La modalisation : les marques du jugement
Modaliser, c’est laisser dans son énoncé des traces de son jugement — certitude, doute, approbation, rejet. Repérer les modalisateurs, c’est mesurer la subjectivité d’un propos (essentiel face à la presse et aux discours).
| Moyen de modalisation | Exemples | Ce qu’il exprime |
|---|---|---|
| Adverbes | certainement, peut-être, hélas, heureusement | certitude, doute, émotion |
| Verbes de modalité | sembler, paraître, devoir, pouvoir, prétendre | apparence, incertitude, mise en doute |
| Conditionnel | « Le suspect aurait quitté la ville. » | information non vérifiée |
| Vocabulaire connoté | « un fiasco » / « une réussite éclatante » | jugement de valeur |
| Expressions du point de vue | à mon avis, selon moi, il est évident que | prise de position assumée |
Le conditionnel journalistique (« il y aurait dix blessés ») signale une information non confirmée : le journaliste modalise pour ne pas affirmer.
Mémo — Registres de langue et paroles rapportées

- Registres : familier (proches), courant (école, public), soutenu (littéraire, officiel) — à l’oral scolaire : courant ou soutenu.
- Discours direct : guillemets, paroles telles quelles ; indirect : subordonnée, transformations.
- Transformations (récit au passé) : présent → imparfait ; futur → conditionnel ; passé composé → plus-que-parfait ; « demain » → « le lendemain ».
- Interrogation directe → « si » : « Viendras-tu ? » → Elle demanda s’il viendrait.
- Discours indirect libre : ni guillemets ni verbe introducteur, temps du récit, exclamations conservées — la voix du personnage se mêle au récit.
- Discours narrativisé : la parole devient action (« Elle le supplia »).
- Modalisation : adverbes (peut-être), verbes (sembler), conditionnel, vocabulaire connoté, « à mon avis ».
- Conditionnel journalistique = information non confirmée.
Exercices — Registres de langue et paroles rapportées
Exercice 1
Réécris en registre courant, adapté à un oral d’examen : « Ce bouquin, il est trop bien, le personnage il arrête pas de galérer mais à la fin il s’en sort. »
Correction
Exemple : « Ce livre est excellent : le personnage ne cesse d’affronter des difficultés, mais il finit par s’en sortir. » Corrections attendues : « bouquin » → « livre » ; suppression des reprises orales (« il » redondant) ; rétablissement de la négation complète (« ne cesse ») ; vocabulaire précisé (« galérer » → « affronter des difficultés »).
Exercice 2
Transpose au discours indirect (récit au passé) : Le témoin affirma : « J’ai tout vu hier soir et je reviendrai demain avec les preuves. »
Correction
« Le témoin affirma qu’il avait tout vu la veille au soir et qu’il reviendrait le lendemain avec les preuves. » Transformations : « j’ » → « il » ; passé composé « ai vu » → plus-que-parfait « avait vu » ; futur « reviendrai » → conditionnel « reviendrait » ; « hier soir » → « la veille au soir » ; « demain » → « le lendemain » ; guillemets et deux-points supprimés.
Exercice 3 — Type brevet
« Emma regardait la route. Il ne viendrait plus, maintenant. Quelle sotte elle avait été d’y croire ! » 1) Quelle forme de paroles rapportées reconnais-tu dans les deux dernières phrases ? 2) Justifie par deux indices. 3) Quel effet cette forme produit-elle ?
Correction
1) C’est du discours indirect libre : les pensées d’Emma sont rapportées sans guillemets ni verbe introducteur. 2) Indices : l’exclamation conservée (« Quelle sotte… ! ») et le vocabulaire subjectif appartiennent au personnage, mais les temps restent ceux du récit (conditionnel « viendrait », plus-que-parfait « avait été ») et la troisième personne est maintenue. 3) Effet : le lecteur entre directement dans la conscience d’Emma, partage sa déception et son auto-reproche, sans que le récit s’interrompe — la voix du narrateur et celle du personnage se confondent.
Exercice 4
Relève et classe les modalisateurs : « Selon plusieurs témoins, l’incendie serait d’origine criminelle. Hélas, les dégâts semblent considérables et ce désastre aurait pu, à mon avis, être évité. »
Correction
« Selon plusieurs témoins » et « à mon avis » : expressions du point de vue (source rapportée / position assumée). « serait » et « aurait pu » : conditionnels marquant l’information non confirmée et l’hypothèse. « Hélas » : adverbe exprimant l’émotion. « semblent » : verbe de modalité (apparence, prudence). « désastre » : vocabulaire connoté péjoratif (jugement de valeur). L’énoncé est donc fortement subjectif malgré son apparence informative.
Évaluation — Registres de langue et paroles rapportées
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Question 1
Cours — Le verbe : formes, temps et modes

Identifier les temps grâce à la morphologie
Un verbe conjugué se décompose en radical + terminaison. Raisonner sur la terminaison permet d’identifier tous les temps, même sur un verbe inconnu :
| Temps | Marques typiques | Exemple (chanter, il/ils) |
|---|---|---|
| Imparfait | -ais, -ait, -ions, -iez, -aient | il chantait, ils chantaient |
| Passé simple | -a/-èrent (1ᵉʳ gr.), -it/-irent, -ut/-urent | il chanta, ils chantèrent |
| Futur simple | infinitif (souvent) + -rai, -ras, -ra, -rons, -rez, -ront | il chantera, ils chanteront |
| Conditionnel présent | marque du futur (-r-) + terminaisons de l’imparfait | il chanterait, ils chanteraient |
| Subjonctif présent | -e, -es, -e, -ions, -iez, -ent (après « que ») | qu’il chante, qu’ils chantent |
Le conditionnel combine deux marques : le -r- du futur et les terminaisons de l’imparfait. « Il chanterait » = futur vu du passé ou hypothèse.
Le subjonctif présent et passé
Le subjonctif est le mode de ce qui est envisagé (souhait, volonté, doute, obligation), et non affirmé comme réel.
- Formation du présent : radical de « ils » au présent + -e, -es, -e, -ions, -iez, -ent : que je finisse, que nous finissions. Irréguliers essentiels : que je sois (être), que j’aie (avoir), que j’aille (aller), que je fasse (faire), que je puisse (pouvoir), que je sache (savoir).
- Subjonctif passé : subjonctif présent de l’auxiliaire + participe passé : « Je regrette qu’il soit parti », « Bien qu’elle ait terminé… »
- Emplois obligatoires : après les verbes de volonté, souhait, doute, crainte (je veux que, je doute que, je crains que) ; après « il faut que » ; après les conjonctions pour que, afin que, bien que, quoique, avant que, à condition que.
Erreur classique à éviter : après « après que », l’indicatif est attendu (« après qu’il est parti ») ; c’est avant que qui appelle le subjonctif (« avant qu’il parte »).
Voix active et voix passive
À la voix active, le sujet fait l’action : « La tempête a détruit le pont. » À la voix passive, le sujet la subit : « Le pont a été détruit par la tempête. »
- Le COD de la phrase active devient sujet de la phrase passive ; le sujet actif devient complément d’agent (introduit par « par » ou « de »).
- La voix passive se forme avec être conjugué + participe passé, qui s’accorde avec le sujet : « Les lettres ont été envoyées. »
- Le complément d’agent peut disparaître : « Le magasin a été cambriolé. » — utile pour taire ou ignorer l’auteur de l’action.
- Effet stylistique : le passif met en avant la victime ou le résultat ; la presse et les témoignages l’emploient beaucoup.
Valeurs des temps et aspects
Un même temps peut prendre plusieurs valeurs selon le contexte — question fréquente au brevet :
| Temps | Valeur | Exemple |
|---|---|---|
| Présent | d’énonciation | « Je te parle en ce moment. » |
| de vérité générale | « La Terre tourne autour du Soleil. » | |
| de narration | « Hier, il entre et il crie… » (rend le récit vivant) | |
| Imparfait | arrière-plan, description, habitude | « Il pleuvait ; chaque soir, elle lisait. » |
| Passé simple | premier plan, actions successives | « Elle entra, ouvrit la fenêtre, sourit. » |
| Futur | prédiction, promesse, ordre atténué | « Tu rangeras ta chambre. » |
L’aspect distingue l’action en cours (inaccompli : « il lisait ») de l’action achevée (accompli : « il avait lu »). Les temps composés expriment l’accompli et l’antériorité : « Quand il avait fini, il sortait. »
Dans un récit au passé : imparfait = décor et durée, passé simple = actions de premier plan. Leur alternance structure toute narration.
Mémo — Le verbe : formes, temps et modes

- Verbe = radical + terminaison : la terminaison identifie temps et personne.
- Conditionnel = -r- du futur + terminaisons de l’imparfait (il chanterait).
- Subjonctif présent : que je chante, que nous chantions ; irréguliers : sois, aie, aille, fasse, puisse, sache.
- Subjonctif obligatoire après : il faut que, vouloir/douter/craindre que, pour que, bien que, avant que.
- « Avant que » + subjonctif, mais « après que » + indicatif.
- Passif : être + participe passé (accordé avec le sujet) ; complément d’agent en « par ».
- Valeurs du présent : énonciation, vérité générale, narration.
- Récit au passé : imparfait = arrière-plan ; passé simple = premier plan ; temps composés = accompli, antériorité.
Exercices — Le verbe : formes, temps et modes
Exercice 1
Identifie le temps et le mode en raisonnant sur la morphologie : 1) « ils franchirent » ; 2) « nous espérerions » ; 3) « qu’elle sache » ; 4) « vous aviez compris ».
Correction
1) « franchirent » : terminaison -irent → passé simple de l’indicatif (3ᵉ pers. pluriel). 2) « espérerions » : -r- du futur + -ions de l’imparfait → conditionnel présent. 3) « sache » après « que » : forme irrégulière de savoir → subjonctif présent. 4) « aviez compris » : imparfait de avoir + participe passé → plus-que-parfait de l’indicatif (accompli, antériorité).
Exercice 2
Complète au subjonctif présent ou passé : 1) Il faut que tu (être) à l’heure. 2) Bien qu’il (finir, action achevée) son travail, il reste inquiet. 3) Je doute qu’elle (pouvoir) venir demain.
Correction
1) « Il faut que tu sois à l’heure » (subjonctif présent d’être). 2) « Bien qu’il ait fini son travail… » (subjonctif passé : action achevée avant le moment présent). 3) « Je doute qu’elle puisse venir demain » (subjonctif présent de pouvoir, après un verbe de doute).
Exercice 3 — Type brevet
« Hier soir, la médiathèque a été inaugurée par la maire devant une foule nombreuse. » 1) À quelle voix cette phrase est-elle ? Justifie. 2) Réécris-la à l’autre voix. 3) Quel changement de mise en valeur observes-tu ?
Correction
1) Voix passive : le sujet « la médiathèque » subit l’action ; le verbe est formé de « être » + participe passé (« a été inaugurée », accordé au féminin) ; « par la maire » est le complément d’agent. 2) Voix active : « Hier soir, la maire a inauguré la médiathèque devant une foule nombreuse. » 3) Au passif, c’est la médiathèque (l’événement pour les habitants) qui est mise en avant ; à l’actif, c’est la maire (l’action politique). Le choix de la voix oriente donc l’angle de l’information.
Exercice 4
Dans ce début de récit, justifie l’emploi de chaque temps : « La neige tombait depuis l’aube. Le village dormait. Soudain, une silhouette surgit du brouillard et frappa à la porte. »
Correction
« tombait » et « dormait » : imparfait d’arrière-plan — ils installent le décor et la durée (valeur descriptive, aspect inaccompli). « surgit » et « frappa » : passé simple de premier plan — deux actions brèves et successives qui font avancer le récit, soulignées par « soudain ». L’alternance imparfait / passé simple crée l’effet de rupture : sur fond immobile, l’événement fait irruption.
Évaluation — Le verbe : formes, temps et modes
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
Cours — Accords et orthographe grammaticale

L’accord dans le groupe nominal, minimal et étendu
Dans le groupe nominal, déterminant, nom et adjectifs s’accordent en genre et en nombre. La difficulté vient des GN étendus, où les mots à accorder s’éloignent les uns des autres :
- « Ces longues promenades matinales dont je garde un souvenir ému » : « longues » et « matinales » s’accordent avec « promenades » ; « ému » avec « souvenir ».
- Adjectif se rapportant à plusieurs noms : masculin pluriel si les genres sont mêlés — « une veste et un pantalon noirs ».
- Complément du nom sans accord automatique : « une série de films passionnante » (c’est la série qui est passionnante) ou « … passionnants » (ce sont les films) : le sens décide.
Pour chaque adjectif, pose la question : « Qui est-ce qui est… ? » — et relie-le d’une flèche au nom qu’il qualifie, même s’il est loin.
L’accord de l’adjectif : épithète, attribut, apposition
- Épithète : dans le GN, accord avec le nom — « des histoires émouvantes ».
- Attribut du sujet (après être, sembler, devenir, paraître, rester…) : accord avec le sujet — « Ces pièces semblent anciennes. »
- Apposition (adjectif détaché) : accord avec le nom ou pronom auquel il se rapporte — « Épuisées, les comédiennes saluèrent une dernière fois. »
- Attribut du COD : « Je trouve ces arguments convaincants. »
Piège fréquent : l’adjectif détaché en tête de phrase s’accorde avec le sujet qui suit — « Attentive, la classe écoutait » (et non « attentif »).
L’accord du participe passé : les trois règles majeures
| Cas | Règle | Exemple |
|---|---|---|
| Avec être | accord avec le sujet | « Elles sont arrivées en avance. » |
| Avec avoir | pas d’accord avec le sujet ; accord avec le COD placé avant | « J’ai cueilli des fleurs. » / « Les fleurs que j’ai cueillies… » |
| Verbes pronominaux | accord le plus souvent avec le sujet, sauf si le pronom est COI | « Elle s’est blessée. » / « Elle s’est lavé les mains. » (s’ = COI, le COD « les mains » est après) |
Méthode pour « avoir » : chercher le COD (« qui ? quoi ? ») ; s’il est avant le verbe (pronom que, la, les ; question ; exclamation), on accorde : « Ces lettres, je les ai relues. » S’il est après ou absent, pas d’accord : « Elle a relu ces lettres. »
Participe passé avec avoir : accord seulement si le COD précède le verbe. C’est la question la plus rentable de la réécriture et de la dictée du brevet.
L’accord sujet-verbe dans les cas complexes
- Sujet inversé : « Dans la salle résonnaient des applaudissements. » (le sujet est après le verbe).
- Sujet éloigné ou écran : « La liste des élèves admis est affichée » (le sujet est « la liste », pas « les élèves »).
- Pronom relatif « qui » : le verbe s’accorde avec l’antécédent — « C’est moi qui suis responsable », « C’est toi qui as raison ».
- Sujets coordonnés : pluriel — « Le vent et la pluie redoublaient. »
- Noms collectifs : « La foule se pressait » (accord avec « foule ») ; « Une foule de curieux se pressait / se pressaient » (les deux se justifient) ; mais « La plupart des élèves sont venus » (toujours pluriel avec « la plupart des »).
À la dictée comme en rédaction, un seul réflexe : identifier le sujet exact de chaque verbe avant d’écrire la terminaison — jamais se fier au nom le plus proche.
Mémo — Accords et orthographe grammaticale

- GN : déterminant + nom + adjectifs accordés en genre et nombre ; genres mêlés → masculin pluriel.
- Adjectif : épithète (avec le nom), attribut (avec le sujet), apposé/détaché (avec le nom ou pronom concerné).
- Participe passé avec être : accord avec le sujet.
- Participe passé avec avoir : accord uniquement avec le COD placé avant (« les fleurs que j’ai cueillies »).
- Pronominaux : « elle s’est blessée » mais « elle s’est lavé les mains » (COD après).
- « Qui » : accord avec l’antécédent — « c’est moi qui suis ».
- « La plupart des » + pluriel ; attention au sujet inversé et aux mots écrans.
- Réflexe universel : relier chaque verbe à son sujet exact avant d’écrire la terminaison.
Exercices — Accords et orthographe grammaticale
Exercice 1
Accorde les participes passés : 1) Les lettres qu’elle a (écrire) ont été (retrouver). 2) Elles se sont (rencontrer) au théâtre. 3) Elle s’est (laver) les mains avant de manger.
Correction
1) « Les lettres qu’elle a écrites ont été retrouvées » : « écrites » s’accorde avec le COD « que » (= les lettres) placé avant ; « retrouvées » avec le sujet « les lettres » (auxiliaire être). 2) « Elles se sont rencontrées » : pronominal, « se » est COD, accord avec le sujet. 3) « Elle s’est lavé les mains » : le COD « les mains » est après le verbe, « s’ » est COI → pas d’accord.
Exercice 2
Choisis la bonne forme et justifie : 1) « C’est moi qui (est/suis) chargé du décor. » 2) « La plupart des spectateurs (est repartie/sont repartis) enchantés. » 3) « La liste des candidats retenus (sera affichée/seront affichés) demain. »
Correction
1) « C’est moi qui suis chargé du décor » : « qui » a pour antécédent « moi » (1ᵉ personne). 2) « La plupart des spectateurs sont repartis enchantés » : « la plupart des » entraîne toujours le pluriel. 3) « La liste des candidats retenus sera affichée demain » : le sujet est « la liste » (singulier) ; « des candidats retenus » n’est qu’un complément du nom.
Exercice 3 — Type brevet (réécriture)
Réécris ce passage en remplaçant « Marie » par « Marie et Louise » et fais toutes les modifications nécessaires : « Marie s’est levée tôt. Fatiguée mais décidée, elle a pris les notes qu’elle avait préparées et elle est partie au collège. »
Correction
« Marie et Louise se sont levées tôt. Fatiguées mais décidées, elles ont pris les notes qu’elles avaient préparées et elles sont parties au collège. » Chaîne complète : verbe pronominal au pluriel (« se sont levées »), adjectifs détachés au féminin pluriel, pronoms « elles », « ont pris » (pas d’accord : COD après), « préparées » (accord avec « que » = les notes), « sont parties » (auxiliaire être).
Exercice 4
Corrige les erreurs d’accord de cette phrase d’élève : « Dans la cour attendait les élèves ; une veste et un pantalon noir traînaient sur le banc, oubliés par un des joueurs qui s’était changés. »
Correction
« Dans la cour attendaient les élèves » (sujet inversé pluriel « les élèves ») ; « une veste et un pantalon noirs » (adjectif pour deux noms de genres différents → masculin pluriel) ; « oubliés » est correct (se rapporte à « une veste et un pantalon ») ; « un des joueurs qui s’était changé » : l’antécédent logique de « qui » est ici « un » (c’est ce joueur-là qui s’était changé), donc singulier.
Évaluation — Accords et orthographe grammaticale
Une question à la fois : la note apparaît après 20 réponses et se calcule sur les 20 dernières.
Question 1
